L’Iran devient-il une puissance ou une force de perturbation ?

Picture of By Dr Naim Asas

By Dr Naim Asas

L’Iran devient-il une puissance ou une force de perturbation ?

Une réévaluation de l’équilibre stratégique au Moyen-Orient (2023 – août 2026)

Dr Naim Asas — Directeur, GERISS (Groupe d’études et de recherches internationales en sciences sociales)

Résumé

Cet article interroge une catégorisation devenue routinière du débat stratégique : l’Iran serait soit une puissance régionale en ascension, soit un fauteur de troubles. Nous soutenons que cette alternative est mal construite, parce qu’elle confond deux propriétés distinctes de la puissance — la capacité d’imposer des coûts et la capacité de composer un ordre — et parce qu’elle traite comme un état ce qui est un seuil. Nous proposons une décomposition en trois seuils cumulatifs (refus, contrainte, composition), assortie d’indicateurs observables, et nous confrontons cinq hypothèses issues du néoréalisme structurel, du réalisme offensif, de la théorie de l’équilibre des menaces, de la théorie de la transition de puissance et de la théorie de la dissuasion à la trajectoire iranienne entre octobre 2023 et août 2026 — période qui inclut l’érosion de l’architecture de défense avancée, deux campagnes aériennes américano-israéliennes (juin 2025, février 2026), l’élimination du Guide suprême et la crise du détroit d’Ormuz.

Le résultat principal est asymétrique. L’Iran franchit et conserve le premier seuil, celui du refus : il peut interdire, bloquer, renchérir et opposer un veto de fait à toute reconfiguration régionale sans lui. Il franchit épisodiquement le deuxième, celui de la contrainte — le mémorandum d’Islamabad du 17 juin 2026 en constitue la démonstration la plus nette, et l’objection la plus sérieuse à notre thèse. Il ne franchit pas le troisième. La séquence de l’été 2026 permet d’en identifier le mécanisme avec une précision rare, parce que Téhéran a précisément tenté la conversion : la création, le 5 mai 2026, d’une Autorité du détroit du Golfe Persique chargée d’autoriser et de tarifer les transits constitue un effort explicite d’institutionnalisation du refus. Cet effort échoue, et il échoue pour une raison structurelle : le bien que l’Iran peut vendre est excluable, discrétionnaire et discriminant — un droit de passage accordé au cas par cas —, alors que le bien dont la région a besoin est un bien collectif non excluable, la liberté de navigation garantie à tous. Institutionnaliser une capacité de nuisance produit une rente de protection, non un ordre.

Nous en tirons une proposition théorique : une puissance de refus n’est pas une puissance émergente ralentie, mais une configuration stratégique distincte, dont le trait définitionnel est le découplage entre performance coercitive, conformité aux règles et légitimité — découplage qui rend l’acteur simultanément indéracinable et incapable de gouverner.

Mots-clés : Iran ; équilibre des menaces ; dissuasion ; latence nucléaire ; ordre régional ; détroit d’Ormuz ; biens collectifs ; puissance de refus.

Note liminaire sur la nature des données

Ce texte porte sur un conflit en cours. Trois précautions ont commandé sa rédaction, et le lecteur doit les avoir présentes à l’esprit avant d’accorder du poids à ce qui suit.

Premièrement, tous les faits rapportés ici sont référencés en note, et chaque note indique le régime de preuve dont relève l’énoncé (voir §4.2). Aucun événement, aucune date, aucun chiffre n’est avancé sur la seule autorité de l’auteur.

Deuxièmement, les bilans humains et matériels produits par les belligérants sont systématiquement divergents et invérifiables en l’état ; ils sont donc soit écartés, soit attribués explicitement à la partie qui les publie. Les trois belligérants ont mis en œuvre des restrictions de l’information, et l’Iran a en outre imposé une coupure puis un rationnement de l’accès à Internet, ce qui rend les statistiques domestiques largement inaccessibles[1].

Troisièmement, certaines variables décisives ne sont pas observables aujourd’hui — au premier rang desquelles l’état réel du stock de matière fissile iranienne et la cohésion interne du régime. Elles sont traitées comme telles, et non comblées par conjecture.

1. Introduction : une question mal posée

Depuis une dizaine d’années, l’analyse de la trajectoire iranienne oscille entre deux récits. Le premier décrit une puissance régionale en construction, qui aurait su transformer un déficit conventionnel structurel en avantage asymétrique, étendre son influence de Beyrouth à Sanaa, et s’imposer comme le seul acteur capable de contester l’ordre régional façonné par Washington. Le second décrit une force de perturbation : un État révisionniste dont la contribution à la région se résume à la production d’instabilité, incapable d’offrir autre chose que du désordre et vivant de l’entretien des crises qu’il alimente.

Ces deux récits ont en commun un défaut : ils répondent à une question qui n’a pas été posée correctement. Demander si l’Iran est « une puissance ou une force de perturbation » suppose que les deux termes s’excluent. Or ils ne se situent pas sur le même plan. « Puissance » désigne une position dans une distribution de capacités ; « perturbation » désigne un effet sur un ordre. Un acteur peut parfaitement être les deux, l’être successivement, ou l’être simultanément dans des domaines différents. Le débat public a substitué à une question analytique une assignation morale, et la littérature savante n’a pas toujours résisté à cette pente.

La question utile est autre. Elle porte sur un seuil : à partir de quel moment un État cesse d’être une puissance émergente pour devenir une puissance stratégique, c’est-à-dire un acteur capable non seulement de peser sur l’ordre régional mais de le remodeler ?

Cette formulation présente trois avantages. Elle est comparative : elle vaut pour l’Iran comme elle vaudrait pour la Turquie, l’Arabie saoudite ou le Pakistan. Elle est falsifiable : un seuil se définit par des indicateurs, et des indicateurs se contredisent. Elle est théorique : elle engage un débat classique en relations internationales sur la convertibilité des ressources en résultats, débat ouvert par Dahl (1957) et jamais refermé.

La période ouverte le 28 février 2026 rend cette question empiriquement tranchable comme elle ne l’avait jamais été. Ce jour-là, les États-Unis et Israël lancent contre l’Iran une campagne aérienne conjointe — opérations Epic Fury et Roaring Lion — au cours de laquelle le Guide suprême Ali Khamenei est tué, ainsi qu’une partie substantielle de la direction militaire et sécuritaire du pays[2]. L’Iran réplique par des tirs de missiles et de drones contre Israël, contre les bases américaines et contre les six États du Conseil de coopération du Golfe, et ferme le détroit d’Ormuz[3]. Il en résulte la plus grande interruption de l’approvisionnement énergétique mondial depuis les chocs des années 1970[4]. Un acteur qui accomplit cela n’est pas faible. La question est de savoir ce qu’il obtient.

Cet article n’a pas pour objet de défendre ni de condamner la politique étrangère iranienne. Il n’a pas davantage pour objet de prédire la survie ou la chute du régime, question distincte et régie par d’autres mécanismes. Son objet est une réévaluation théorique : déterminer ce que la trajectoire iranienne récente permet d’affirmer sur la nature de sa puissance, et ce que ce cas apprend aux théories qui prétendent en rendre compte.

L’argument tient en une phrase. L’Iran a franchi durablement le seuil du refus, franchit épisodiquement celui de la contrainte, et échoue systématiquement à franchir celui de la composition ; cette asymétrie n’est pas un retard sur une trajectoire d’ascension, mais une configuration stable qu’il faut nommer et théoriser pour elle-même.

La démonstration procède en huit temps. La section 2 construit l’appareil conceptuel et propose la grille des trois seuils. La section 3 expose les attentes rivales des principales écoles réalistes et en dérive cinq hypothèses falsifiables. La section 4 explicite la méthode, les données et leurs limites. La section 5 reconstitue la trajectoire empirique 2023-2026. La section 6 teste les hypothèses. La section 7 discute les implications théoriques — dissuasion, latence nucléaire, économie politique des biens collectifs — et examine cinq explications rivales. La section 8 dérive quatre scénarios assortis d’indicateurs d’alerte falsifiables. La section 9 conclut.

2. Cadrage conceptuel : que signifie « devenir une puissance » ?

2.1. Trois conceptions de la puissance et leur incompatibilité pratique

La difficulté du débat sur l’Iran tient largement à ce que les protagonistes n’utilisent pas le même concept de puissance.

La conception ressourcielle identifie la puissance à des attributs agrégés : population, territoire, produit intérieur brut, dépenses militaires, capacités technologiques. C’est la conception qui sous-tend la plupart des indices composites, et celle que le néoréalisme utilise pour construire ses distributions de capacités (Waltz, 1979). Elle a le mérite de la mesurabilité et le défaut, identifié depuis longtemps, de ne rien dire de la conversion : la France de 1940 disposait de ressources considérables.

La conception relationnelle définit la puissance comme la capacité d’obtenir d’un autre acteur un comportement qu’il n’aurait pas adopté autrement (Dahl, 1957). Baldwin (1979, 2016) en tire l’implication décisive : la puissance n’est jamais générique, elle est toujours indexée à un domaine (sur qui ?) et à un registre (sur quoi ?). Un État peut être très puissant sur la question du transit maritime et négligeable sur la question de la régulation financière. Parler de « la » puissance iranienne sans préciser le domaine et le registre revient à ne rien dire.

La conception structurelle déplace l’attention des interactions vers les cadres qui les rendent possibles. Strange (1988) distingue la puissance relationnelle de la puissance structurelle — celle qui s’exerce sur les structures de sécurité, de production, de finance et de savoir. Barnett et Duvall (2005) proposent une taxinomie voisine en quatre modalités : compulsive, institutionnelle, structurelle, productive. Ce qui importe ici est que ces conceptions ne se recouvrent pas : un acteur peut disposer d’une puissance compulsive élevée et d’une puissance institutionnelle nulle.

Notre position est que la controverse iranienne est précisément logée dans cet écart. Ceux qui décrivent une puissance en ascension observent une puissance compulsive réelle et croissante dans un domaine étroit. Ceux qui décrivent une force de perturbation observent une puissance institutionnelle et productive quasi nulle. Les deux observations sont exactes ; c’est leur agrégation qui est fautive.

2.2. La perturbation comme catégorie analytique et non morale

Le terme de « perturbation » doit être extrait de son usage polémique. La science politique dispose de catégories utilisables.

La littérature sur les processus de paix a construit la figure du spoiler : un acteur qui trouve dans la perpétuation du conflit un rendement supérieur à celui qu’il retirerait d’un règlement, et qui dispose des moyens d’empêcher ce règlement (Stedman, 1997). Le point analytique important est que le spoiler n’est pas nécessairement irrationnel ni idéologiquement intransigeant : il peut être un calculateur exact dont la fonction de gain est simplement inversée par rapport à celle des médiateurs.

La théorie des institutions offre la figure du veto player : l’acteur dont l’accord est nécessaire pour modifier le statu quo (Tsebelis, 2002). Transposée au niveau régional, elle donne un critère net : est puissance de veto tout État sans lequel aucune reconfiguration durable de l’ordre régional n’est réalisable, même s’il ne peut lui-même imposer aucune configuration.

Enfin, la littérature sur l’asymétrie décrit la puissance négative : la capacité de nuire sans capacité correspondante de construire. Elle se manifeste par des stratégies de déni — interdiction de zone, minage, harcèlement du trafic, ciblage d’infrastructures — dont l’efficacité ne dépend pas d’une supériorité conventionnelle mais de la vulnérabilité de la cible.

Ces trois catégories désignent des propriétés réelles, mesurables, et parfaitement compatibles avec le statut de puissance. Un acteur perturbateur n’est pas un acteur faible : il est un acteur dont la puissance est structurellement orientée vers le blocage.

2.3. Proposition : trois seuils cumulatifs

Nous proposons de décomposer la question du « devenir-puissance » en trois seuils ordonnés, chacun défini par une capacité distincte et non déductible de la précédente.

*Seuil 1 — Le refus (denial).* L’acteur peut empêcher. Il peut interdire l’usage d’un espace, faire échouer une initiative, renchérir prohibitivement le coût d’une action adverse, survivre à une tentative d’élimination. C’est le seuil le plus bas et le plus fréquemment atteint. Il est essentiellement négatif : il produit de l’impossibilité, non du résultat.

*Seuil 2 — La contrainte (compellence).* L’acteur peut obtenir. Il peut amener une partie adverse à faire ce qu’elle ne voulait pas faire, à concéder, à négocier sous conditions. Schelling (1966) a établi que la contrainte est structurellement plus difficile que la dissuasion, parce qu’elle exige de l’adversaire un acte visible de soumission, coûteux en réputation. Le franchissement de ce seuil est donc épisodique par nature.

*Seuil 3 — La composition (order-making).* L’acteur peut instituer. Il peut produire des arrangements qui survivent au retrait de la coercition qui les a établis : des alliances volontaires, des institutions, des règles que d’autres ont intérêt à respecter en son absence, des biens collectifs régionaux (sécurité maritime, garanties, stabilité énergétique). C’est le seuil qui sépare une puissance d’un hégémon régional au sens de Gilpin (1981) : la capacité à faire payer aux autres le coût de leur propre encadrement en échange d’un bénéfice qu’ils reconnaissent.

Le point théorique central est la non-transitivité : le franchissement des seuils 1 et 2 ne conduit pas mécaniquement au seuil 3. Il peut même l’obstruer, si les moyens employés aux niveaux inférieurs détruisent la ressource — la confiance, la légitimité, la prévisibilité — sur laquelle repose le niveau supérieur.

2.4. Une précision nécessaire : nature du bien produit

La formulation ci-dessus reste insuffisante sur un point que la séquence de 2026 rend décisif, et que nous devons donc introduire dès le cadrage : tout arrangement institutionnel n’est pas un bien collectif.

L’économie politique distingue les biens selon deux propriétés, la rivalité et l’excluabilité. Un bien collectif pur est non rival et non excluable : la liberté de navigation dans un détroit international en est l’exemple canonique — le passage d’un navire n’empêche pas celui d’un autre, et l’on ne peut en exclure personne sans détruire le bien lui-même. Un bien de club est non rival mais excluable : il bénéficie aux seuls membres. Un bien privé est rival et excluable.

La théorie de la stabilité hégémonique repose entièrement sur cette distinction : ce qui fonde l’autorité d’un ordonnateur régional, c’est qu’il fournit un bien que les autres consomment sans pouvoir en être exclus, et dont ils reconnaissent qu’il disparaîtrait avec lui. Un acteur qui vend un droit de passage individuel, révocable et discriminant ne fournit pas ce bien : il en vend l’exemption. C’est une différence de nature, non de degré, et nous montrerons en §5.4 et §7.3 qu’elle constitue le verrou principal du seuil 3.

2.5. Grille d’indicateurs observables

SeuilCapacitéIndicateurs positifsIndicateurs négatifs (falsificateurs)
1. RefusEmpêcherInterdiction effective d’un espace ; survie institutionnelle après décapitation ; coût imposé mesurable à l’adversaire ; échec des initiatives régionales conduites sans l’acteurReprise du contrôle de l’espace par l’adversaire à coût acceptable ; effondrement de la chaîne de commandement ; initiatives régionales aboutissant malgré l’opposition
2. ContrainteObtenirConcessions formelles obtenues sous menace ; modification vérifiable du comportement adverse ; accords signés incorporant les demandes de l’acteurConcessions non appliquées ; retour à l’état antérieur dès la levée de la menace ; accords dénoncés ou suspendus
3. CompositionInstituerFourniture d’un bien non excluable ; adhésions volontaires ; institutions régionales pérennes ; ralliement d’États tiers (bandwagoning)Contre-équilibrage régional (balancing) ; conversion du bien en rente excluable ; défection ou autonomisation des alliés ; recours des voisins à des garanties extérieures ou à l’autonomie stratégique

Cette grille présente l’avantage d’être symétrique : chaque seuil est assorti d’observations qui, si elles se produisaient, invalideraient l’attribution. Elle est donc utilisable contre notre propre thèse.

3. Attentes théoriques rivales et formulation des hypothèses

3.1. Le néoréalisme structurel

Pour Waltz (1979), le comportement des États s’explique par la distribution des capacités dans un système anarchique. Deux implications intéressent notre cas. D’abord, un État soumis à une pression sécuritaire persistante cherchera à accroître son autonomie — par armement interne (internal balancing) ou par alliances (external balancing). Ensuite, dans l’argument le plus controversé de l’auteur (Waltz, 1981 ; Sagan et Waltz, 2013), l’arme nucléaire est un égalisateur : sa possession stabilise les rapports en rendant l’agression irrationnelle. La lecture waltzienne du cas iranien est donc que la trajectoire iranienne relève de mécanismes classiques de rééquilibrage — non d’une anomalie civilisationnelle ou idéologique.

Attente W : la pression exercée sur l’Iran devrait produire un renforcement de l’autonomie stratégique et une recherche d’alliances compensatoires.

3.2. Le réalisme offensif

Mearsheimer (2001) soutient que les grandes puissances recherchent l’hégémonie régionale comme seule position sûre, et que la puissance d’arrêt de l’eau (stopping power of water) limite l’hégémonie mondiale. Appliqué à un candidat régional, l’argument prédit une expansion opportuniste tant que le rapport de forces le permet, et une contraction dès qu’il se retourne.

Attente M : l’Iran devrait maximiser son emprise régionale lorsque les coûts sont bas et se replier lorsqu’ils augmentent — sans jamais renoncer à l’objectif d’hégémonie régionale.

3.3. L’équilibre des menaces

Walt (1987) corrige Waltz sur un point décisif : les États ne s’équilibrent pas contre la puissance, mais contre la menace, fonction de la puissance agrégée, de la proximité géographique, de la capacité offensive et surtout des intentions perçues. La théorie prédit que l’acteur qui apparaît le plus menaçant à ses voisins immédiats provoquera une coalition contre lui, y compris de la part d’États structurellement faibles qui, en pure logique de puissance, auraient dû se rallier au plus fort.

Attente Wa : plus l’Iran exerce sa capacité coercitive sur son voisinage immédiat, plus il devrait susciter du contre-équilibrage régional, y compris de la part d’États qui avaient récemment normalisé leurs relations avec lui.

3.4. La transition de puissance

Organski et Kugler (1980), prolongeant Organski (1958), soutiennent que le risque de guerre est maximal non lors des grandes asymétries, mais à l’approche de la parité entre un dominant et un challenger insatisfait. Gilpin (1981) ajoute que le dominant a une incitation à la guerre préventive tant que le différentiel joue encore en sa faveur. Deux variables sont donc requises : la parité des capacités et l’insatisfaction à l’égard de l’ordre.

Attente OK : si l’Iran est un challenger en transition, on devrait observer une convergence des capacités matérielles vers celles du dominant régional et de son garant extérieur. Si l’insatisfaction est élevée mais la parité absente, on n’a pas affaire à une transition de puissance mais à une contestation asymétrique — configuration théoriquement distincte, aux dynamiques différentes.

3.5. Dissuasion, contrainte et latence nucléaire

La théorie de la dissuasion distingue la dissuasion par punition (menacer de coûts inacceptables) de la dissuasion par déni (rendre l’objectif inatteignable) (Snyder, 1961 ; Pape, 1996). Jervis (1976, 1978) a montré que les mesures défensives d’un acteur sont lues comme offensives par ses voisins — dilemme de sécurité que la doctrine de « défense avancée » iranienne illustre presque de manière canonique. Le paradoxe stabilité-instabilité (Snyder, 1965) énonce que la stabilité au niveau supérieur peut autoriser une instabilité accrue aux niveaux inférieurs.

À ce corpus classique il faut adjoindre la littérature contemporaine sur la latence nucléaire, qui a considérablement affiné le débat Sagan-Waltz et dont le cas iranien constitue désormais le test le plus discuté. Volpe soutient qu’il existe une zone optimale de latence — la capacité de produire de la matière fissile — dans laquelle la contrainte peut fonctionner, et qu’en dehors de cette zone la coercition devient problématique : les États peu latents ne rendent pas leurs menaces de prolifération crédibles, tandis que les États très latents ne parviennent plus à rendre crédibles leurs assurances de non-prolifération. Mehta et Whitlark montrent pour leur part que la latence accroît le risque de pressions préventives. Waltz lui-même jugeait les arsenaux virtuels dissuasivement fragiles. La synthèse récente de ce débat conclut qu’un État de seuil comme l’Iran, sorti par le haut de la zone optimale, peut aisément proférer des menaces crédibles mais ne peut plus convaincre ses adversaires qu’il gardera l’option en réserve[5].

Attente D : si la dissuasion iranienne fonctionne, on devrait observer une abstention des adversaires face aux lignes rouges déclarées. Si elle a échoué, on devrait observer des attaques directes sur les centres de gravité — territoire national, sites stratégiques, personnel dirigeant — c’est-à-dire précisément ce que la dissuasion avait pour fonction de prévenir.

3.6. Hypothèses

De ces attentes, nous dérivons cinq hypothèses testables.

H1 (Refus). L’Iran conserve une capacité de déni suffisante pour interdire durablement un espace stratégique majeur et pour survivre à une campagne de décapitation.

H2 (Contrainte). L’Iran est capable d’obtenir de ses adversaires des concessions formelles et durables, c’est-à-dire qui survivent à la levée de la menace.

H3 (Composition). L’exercice de la puissance iranienne produit des ralliements volontaires et des arrangements régionaux stables, incluant la fourniture d’au moins un bien non excluable.

H4 (Équilibrage). L’exercice maximal de la capacité coercitive iranienne sur son voisinage produit du contre-équilibrage plutôt que du ralliement.

H5 (Transition). L’évolution des capacités relatives de l’Iran s’inscrit dans une dynamique de convergence vers la parité régionale.

H1, H2, H3 et H5 sont formulées de façon à pouvoir être infirmées par l’observation. H4 est formulée en opposition directe à H3 : les deux ne peuvent être simultanément vraies. C’est le cœur du test.

4. Méthode, données et limites

4.1. Stratégie de recherche

Le dispositif est celui d’une étude de cas théoriquement orientée (theory-guided case study), combinant trois opérations.

D’abord, un test de congruence : les hypothèses H1 à H5 génèrent des observations attendues, que l’on confronte aux observations réalisées sur la période. Ensuite, un traçage de processus (process tracing) sur quatre séquences critiques — l’érosion du réseau régional (2023-2025), la campagne de février-avril 2026, la séquence diplomatique de juin 2026, la rupture de juillet-août 2026 — afin d’identifier les mécanismes causaux et non seulement les corrélations. Enfin, un raisonnement contrefactuel encadré, appliqué aux quatre conditions de basculement énoncées en §6.3.

Le cas est un cas unique, ce qui interdit toute inférence statistique. Il présente en revanche deux propriétés qui en font un cas fort au sens d’Eckstein (1975) : il est crucial pour la théorie de la dissuasion, puisque l’Iran a construit sur trois décennies une architecture explicitement dissuasive dont on peut observer la performance sous contrainte maximale ; et il est le plus favorable aux hypothèses d’ascension, puisque aucun autre État de la région n’a accumulé un réseau d’alliés armés comparable ni ne dispose d’un levier géographique équivalent. Une infirmation observée dans un cas le plus favorable a une portée supérieure à celle d’une infirmation observée dans un cas ordinaire.

4.2. Sources et régimes de preuve

La période étudiée présente une difficulté documentaire majeure : elle est en cours, elle est une période de guerre, et l’accès indépendant au terrain iranien est fermé. Trois régimes de preuve sont donc distingués, et chaque note indique celui dont elle relève.

Régime A — établissement de fait. Sources primaires institutionnelles (rapports du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, communiqués du commandement central américain, texte des accords, documentation du Congressional Research Service, publications du FMI et de la FAO) et données d’observation objectivables (suivi du trafic maritime par transpondeurs, cotations de marché). Ces énoncés sont tenus pour établis.

Régime B — fait rapporté et recoupé. Agences et organes de presse à couverture croisée (Reuters, AFP, AP, BBC, CNN, Al Jazeera, CNBC, Financial Times, New York Times). Ces énoncés sont tenus pour probables et signalés comme rapportés lorsque la source est unique.

Régime C — source engagée. Publications de belligérants, de gouvernements parties au conflit, de médias d’opposition en exil et de centres de recherche à agenda affiché. Ces sources sont utilisées comme indices de tendance ou pour attester l’existence d’un discours, jamais pour établir un fait contesté ; leur orientation est signalée en note.

Cette hiérarchie a une conséquence pratique visible dans le texte : plusieurs affirmations couramment reprises dans le commentaire sur cette guerre — bilans humains, pourcentages de destruction, évaluations de moral — ne figurent pas dans cet article, faute d’être établissables dans l’un des trois régimes.

4.3. Limites explicites

Quatre limites doivent être posées d’emblée, car elles conditionnent la portée des conclusions.

Limite temporelle. La séquence n’est pas close. Les conclusions portent sur un état de la trajectoire au 4 août 2026, non sur un point d’arrivée. Un article écrit en 2019 aurait décrit un Iran au faîte de son influence régionale ; un article écrit en 2031 pourrait décrire autre chose encore. Nous répondons partiellement à cette limite en section 8, en dérivant des indicateurs d’alerte qui permettront de réviser le diagnostic.

Limite d’endogénéité. On observe la puissance iranienne pendant qu’elle est attaquée. Une partie des faiblesses constatées est produite par l’attaque elle-même, non révélée par elle. Nous traitons cette objection frontalement en §7.5.

Limite de mesure. La capacité de composition (seuil 3) est plus difficile à mesurer que la capacité de refus, parce que ses effets sont diffus et différés. Nous l’approchons par des indicateurs indirects — nature du bien fourni, sens des alignements, caractère volontaire ou contraint des adhésions.

Limite de scope. Le cadre proposé vaut pour des puissances régionales moyennes disposant d’un avantage asymétrique et d’un déficit conventionnel. Il n’est pas transposable tel quel à une grande puissance.

5. Trajectoire empirique, 2023 – août 2026

5.1. L’architecture de défense avancée et son érosion

La stratégie iranienne construite depuis les années 1980 repose sur un principe simple et théoriquement cohérent : compenser une infériorité conventionnelle durable en déportant le contact hors du territoire national, par le soutien à des acteurs armés non étatiques. Cette « défense avancée » a produit, jusqu’en 2023, un système de dissuasion par déni relativement efficace, dont la valeur tenait moins à la puissance de feu de chaque composante qu’à la simultanéité potentielle de plusieurs fronts.

La séquence ouverte en octobre 2023 a soumis ce système à un test grandeur nature dont il n’est pas ressorti intact. Le Hezbollah, pièce centrale du dispositif, a perdu au cours de la guerre de 2024 l’essentiel de sa direction politique et militaire ; son statut a ensuite été progressivement transformé en objet de négociation entre l’État libanais et Israël, sous impulsion américaine — processus engagé dès août 2025 avec l’acceptation par Beyrouth d’un calendrier de désarmement proposé par l’émissaire américain[6]. Le 8 janvier 2026, l’armée libanaise annonçait avoir achevé la première phase de son plan au sud du Litani ; les autorités israéliennes contestaient l’effectivité de ce contrôle, et les combats reprirent effectivement dans la même zone après le 2 mars[7].

Le point analytique est le suivant : un instrument stratégique dont le désarmement devient l’objet d’une négociation entre États tiers a cessé d’être un instrument. Il est devenu un enjeu.

5.2. Le 28 février 2026 : décapitation, succession et test de résilience

Le 28 février 2026, les frappes conjointes américano-israéliennes visent simultanément les infrastructures militaires, les défenses aériennes et la direction politique. Ali Khamenei, Guide suprême depuis trente-sept ans, est tué ; sa mort est annoncée par les médias d’État le 1er mars et suivie de quarante jours de deuil national[8]. La liste des dirigeants tués au cours des semaines suivantes est sans équivalent moderne : ministre de la Défense, chef d’état-major des forces armées, ministre du Renseignement, commandant de la marine des Gardiens de la révolution, chef du Bassidj, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Larijani (17 mars), chef du renseignement des Gardiens (6 avril)[9].

Le système a néanmoins transmis l’autorité. L’Assemblée des experts se réunit à partir du 3 mars — sa première session d’urgence est interrompue par une frappe israélienne sur son bâtiment à Qom — et désigne le 8 mars Mojtaba Khamenei, fils du défunt, lui-même blessé dans la frappe qui a tué son père[10]. Un Conseil de direction intérimaire a assuré l’intervalle du 1er au 8 mars[11].

Deux lectures s’imposent, dont la tension doit être exposée plutôt que tranchée.

Lecture de la résilience. Le système a survécu à une décapitation au sommet et a assuré la transmission de l’autorité en huit jours, sous bombardement. Du point de vue de la théorie des institutions, c’est une performance notable : peu de systèmes politiques personnalisés y parviennent. L’indicateur du seuil 1 est validé.

Lecture de la fragilité. La transmission s’est faite au prix d’un coût de légitimité difficilement réversible. Des membres de l’Assemblée ont objecté publiquement au caractère héréditaire de la désignation et à l’insuffisance du statut jurisprudentiel du candidat ; plusieurs se sont abstenus de siéger[12]. Le nouveau Guide est en outre resté longuement absent de la scène publique après sa désignation, ce qui a nourri l’incertitude sur son état[13]. Enfin, la désignation intervient quelques semaines seulement après une séquence de contestation sociale de grande ampleur, ouverte fin 2025 par une grève des commerçants et une flambée de manifestations sur base économique, réprimée avec une violence dont les bilans restent contestés[14].

Ici, l’apport de Kuran (1991) est décisif et impose la prudence. Lorsque l’expression de la préférence est coûteuse, les individus dissimulent leur opinion réelle ; le soutien apparent d’un régime autoritaire est donc systématiquement surestimé, et son effondrement, lorsqu’il survient par cascade, est imprévisible même pour les observateurs les mieux informés. La conséquence méthodologique est stricte : on ne peut ni inférer la solidité du régime de l’absence de renversement, ni inférer sa chute imminente de l’intensité des manifestations. La cohésion interne doit donc être traitée comme une variable non observable, dont on peut seulement dire qu’elle est incertaine — ce qui est en soi une information stratégique, puisqu’elle réduit la crédibilité des engagements de long terme de Téhéran.

5.3. Ormuz : anatomie d’un levier de déni

Le détroit d’Ormuz constitue le cas le plus pur de puissance de déni disponible dans la région. Environ 20 millions de barils par jour y transitaient avant la guerre, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers et une part comparable du commerce mondial de gaz naturel liquéfié ; la géographie place le passage sous surveillance iranienne permanente ; les moyens requis pour le perturber — mines, embarcations rapides, drones, missiles antinavires, brouillage des systèmes de navigation par satellite — sont incomparablement moins coûteux que ceux requis pour le sécuriser[15].

L’usage de ce levier permet une évaluation empirique précise, parce que le trafic est mesurable par transpondeurs.

Dans les heures suivant les frappes du 28 février, les Gardiens de la révolution diffusent par radio VHF des avertissements interdisant le passage ; le trafic chute d’environ 70 %, puis pratiquement à zéro les 1er et 2 mars[16]. Le 4 mars, les Gardiens revendiquent le contrôle complet du détroit ; le 27 mars, ils formalisent l’interdiction pour tout navire à destination ou en provenance des ports des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés[17]. Le 10 mars, le renseignement américain constate le début d’un minage[18]. Au 21 avril, l’Organisation maritime internationale estime que quelque 20 000 marins et 2 000 navires demeurent immobilisés dans le Golfe[19].

Les effets de second ordre sont d’une ampleur historique. Le Brent franchit les 100 dollars le 8 mars, pour la première fois en quatre ans, et culmine à 126 dollars ; le brut de Dubaï atteint un record de 166 dollars le 19 mars[20]. Le 11 mars, les trente-deux États membres de l’Agence internationale de l’énergie décident à l’unanimité la libération de 400 millions de barils de réserves stratégiques[21]. QatarEnergy interrompt sa production gazière et déclare la force majeure ; la Kuwait Petroleum Corporation et Bapco font de même ; l’Irak déclare la force majeure sur l’ensemble des champs exploités par des compagnies étrangères le 17 mars ; l’Arabie saoudite réduit sa production de 20 %[22]. Les exportations de la région passent d’environ 25 à environ 10 millions de barils par jour à la mi-mars[23]. Les répercussions dépassent largement l’énergie : engrais — la région produit près de la moitié de l’urée mondiale —, aluminium, hélium, soufre[24].

Le levier fonctionne donc, et son efficacité est démontrée à une échelle que peu d’États du système pourraient atteindre. Mais l’observation des effets de second ordre en révèle le prix, et ce prix est le premier élément de notre démonstration.

D’abord, l’usage du levier a provoqué une réponse militaire directe et cumulative : campagne aérienne américaine dédiée à la réouverture à partir du 19 mars, puis blocus naval des ports iraniens à partir du 13 avril, produisant une situation de double blocus dans laquelle aucune des deux parties ne pouvait ouvrir le détroit[25].

Ensuite, le levier frappe indistinctement, et d’abord les partenaires. La Chine, qui achetait environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes, a perdu de 1 à 1,4 million de barils par jour d’approvisionnement iranien et a dû suspendre ses exportations de produits raffinés pour protéger son marché intérieur[26]. Le commerce bilatéral sino-iranien du premier trimestre 2026 s’établit à 1,55 milliard de dollars, en recul de 50 % sur un an ; en mars, il tombe à 184 millions, soit environ 80 % de moins qu’un an plus tôt, et les exportations chinoises vers l’Iran reculent d’environ 90 % sur le trimestre[27]. Le principal soutien économique de l’Iran a donc été l’une des principales victimes de son principal instrument de coercition.

Enfin, l’efficacité du levier décline avec son usage. Les marchés se sont adaptés : réserves stratégiques, contournements par oléoducs — la capacité combinée des routes alternatives, environ 9 millions de barils par jour, reste toutefois très inférieure aux 20 millions du détroit[28] —, réacheminements par le cap de Bonne-Espérance. Fin juillet et début août 2026, malgré la reprise des hostilités, le Brent s’échange autour de 83 dollars — niveau élevé mais sans commune mesure avec le pic de mars, et très inférieur à ce qu’aurait laissé anticiper une interruption durable d’un cinquième du commerce pétrolier mondial[29].

Un levier de déni est donc un actif qui se déprécie à l’usage : il produit son effet maximal par la menace, un effet décroissant par l’exécution, et un effet négatif net lorsque son exécution provoque la formation d’une coalition destinée à le neutraliser.

5.4. De la fermeture au péage : l’institutionnalisation manquée

C’est ici que la séquence de 2026 apporte à l’analyse théorique un matériau que les crises antérieures n’avaient pas fourni. L’Iran n’a pas seulement fermé le détroit : il a tenté de convertir cette fermeture en institution. Cette tentative, et son échec, constituent le cœur empirique de cet article.

Première étape : la discrimination. Dès mars 2026, la fermeture cesse d’être générale pour devenir sélective. Le 5 mars, les Gardiens annoncent que le détroit ne reste fermé qu’aux navires américains, israéliens et de leurs alliés occidentaux ; le 26 mars, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi énumère cinq nationalités autorisées — Chine, Russie, Inde, Irak, Pakistan ; la Malaisie, la Thaïlande, puis les Philippines obtiennent le même traitement par voie de négociation bilatérale ; l’Iran accepte le 27 mars une demande des Nations unies portant sur les cargaisons humanitaires et les engrais[30]. Des navires diffusent leur nationalité par radio pour obtenir le passage[31].

Deuxième étape : la tarification. L’Iran établit son propre chenal, au nord de l’île de Larak, distinct du dispositif de séparation du trafic convenu avec Oman auprès de l’Organisation maritime internationale depuis 1968 ; des péages sont perçus, un navire ayant acquitté deux millions de dollars pour emprunter ce chenal, les paiements étant évalués en yuans selon Lloyd’s List[32]. Le 19 avril, une commission parlementaire iranienne prépare une loi interdisant le passage aux navires des pays « hostiles » et soumettant les autres à péage[33].

Troisième étape : l’institution. Le 5 mai 2026, l’Iran crée l’Autorité du détroit du Golfe Persique (Persian Gulf Strait Authority), agence gouvernementale sise à Téhéran, chargée d’autoriser et de réguler les transits après contact préalable des navires ; elle publie les coordonnées de la zone de supervision qu’elle revendique[34]. Lloyd’s List y voit un dispositif destiné à formaliser l’autorité iranienne sur les transits[35]. Le Trésor américain la désigne comme une entité sanctionnée, la qualifiant de tentative des Gardiens de monétiser leur campagne de coercition, et avertit que toute coopération avec elle expose à un risque de sanctions[36].

Quatrième étape : le contre-modèle. Le 28 juillet 2026, Oman transmet à Téhéran une proposition alternative : une gestion régionale conjointe du détroit, assortie de contributions volontaires destinées à financer les services de navigation, la protection de l’environnement et le sauvetage en mer — sur le modèle du détroit de Malacca, où l’Indonésie, la Malaisie et Singapour sollicitent une contribution volontaire pour services rendus. Le contraste avec la position iranienne, qui revendique le contrôle et la perception, est explicite[37]. Le 3 août, le ministre iranien des Affaires étrangères déclare les discussions avec Mascate en phase finale, tout en précisant qu’elles portent sur une route temporaire et non sur la réouverture du détroit ; le porte-parole du ministère souligne que l’arrangement devra respecter la souveraineté iranienne[38].

Cinquième étape : la symétrie du péage. Le 13 juillet 2026, en annonçant le rétablissement du blocus naval, le président américain propose que les États-Unis assurent la protection du transit dans le détroit contre une rétribution égale à 20 % de la cargaison transportée ; il y renonce dès le lendemain[39]. Cet épisode, bref, est analytiquement considérable : le garant déclaré de la liberté de navigation a envisagé, pendant vingt-quatre heures, d’appliquer au bien collectif la même logique de péage que le contestataire.

Le résultat de cette séquence est mesurable. Le trafic n’a jamais retrouvé son niveau : environ 25 navires par jour entre fin juin et début juillet 2026, contre une centaine à la même période de l’année précédente[40] ; un pic post-guerre à 49 transits le 7 juillet[41] ; puis, après la reprise des frappes, 25 transits de navires sans lien iranien pour la semaine du 13 au 19 juillet contre 108 la semaine précédente, soit une baisse d’environ 90 % sur un an[42] ; 39 transits au total du 20 au 26 juillet contre 82 la semaine antérieure, avec des journées à un chiffre et deux transits seulement le 23 juillet[43]. Le 3 août, un relevé de vingt-quatre heures dénombre douze transits identifiés, dont la moitié effectués transpondeur éteint ; les navires liés à des intérêts chinois traversent en émettant normalement, y compris les jours de frappes, tandis que six pétroliers saoudiens sur lest contournent l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance — configuration que l’analyse décrit comme un régime d’autorisation au cas par cas protégeant le trafic lié à la Chine et laissant exposé le trafic lié à Riyad[44].

Voilà le fait central. L’Iran n’a pas produit de la liberté de navigation ; il a produit un système d’exemptions. Ce qu’il vend, ou accorde, n’est pas un bien collectif non excluable dont tous bénéficieraient : c’est une immunité individuelle, révocable, indexée sur la relation politique du porteur avec Téhéran, et dont la valeur dépend entièrement du maintien de la menace que Téhéran est lui-même seul à pouvoir lever. Nous développons en §7.3 les conséquences théoriques de cette observation. Elle suffit à ce stade pour comprendre que l’échec du seuil 3 n’est pas un échec de volonté ni de moyens : c’est une impossibilité inscrite dans la nature du bien produit.

5.5. Le mémorandum d’Islamabad : la contrainte réussie, la contrainte non tenue

La séquence diplomatique de 2026 constitue le test le plus favorable à l’hypothèse H2, et il faut l’exposer dans toute sa force avant d’en discuter la portée.

Après trente-neuf jours de campagne aérienne, un cessez-le-feu de deux semaines est conclu le 8 avril sous médiation pakistanaise, sur la base d’un plan iranien en dix points[45]. Les pourparlers directs d’Islamabad des 11 et 12 avril — la plus haute rencontre bilatérale depuis 1979, conduite côté américain par le vice-président et côté iranien par le président du Parlement — échouent, et Washington impose le blocus naval le 13 avril[46]. Après deux mois de blocage, la médiation reprend : le Qatar obtient à Téhéran, le 11 juin, la réduction des principaux écarts ; le Pakistan annonce le 12 juin un texte final ; le mémorandum est signé numériquement le 14 juin, puis à distance le 17 juin par les deux présidents — le président américain à Versailles en marge du sommet du G7, le président iranien à Téhéran. Le Guide suprême publie une approbation assortie de réserves[47].

Le contenu est, du point de vue iranien, remarquable. Le texte en quatorze points prévoit la fin immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, Liban compris ; le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ; la levée du blocus naval sous trente jours ; la réouverture du détroit aux navires marchands, sans frais, pour soixante jours seulement ; un dialogue entre l’Iran et Oman sur l’administration future du détroit et les services maritimes ; un plan de reconstruction d’au moins 300 milliards de dollars ; l’engagement américain de mettre fin à toutes les sanctions selon un calendrier à convenir ; la délivrance immédiate de licences pour l’exportation de brut iranien ; la libération des avoirs gelés ; et l’approbation de l’accord final par une résolution contraignante du Conseil de sécurité. Sur le nucléaire, l’Iran réaffirme qu’il ne se dotera pas de l’arme et les parties conviennent de traiter le stock enrichi selon un mécanisme dont la méthode minimale sera la dilution sur place sous supervision de l’AIEA. Le programme balistique et le réseau d’alliés armés ne sont pas mentionnés[48].

Les faits d’exécution suivent d’abord : le commandement central américain annonce la levée du blocus le 18 juin ; les licences pétrolières sont accordées le 22 juin[49]. Des commentateurs américains, y compris hostiles à Téhéran, décrivent l’accord comme une capitulation négociée et estiment que l’Iran a tiré au moins cinq milliards de dollars d’exportations pétrolières durant la fenêtre ouverte[50].

H2 est donc corroborée sur le fond. Il faut le dire sans réserve : par la menace et par l’exécution de cette menace sur un point vital pour l’économie mondiale, l’Iran a obtenu d’un adversaire infiniment supérieur des concessions formelles substantielles. C’est la définition même de la contrainte réussie.

La suite en dit la limite. Le 20 juin, l’Iran déclare le détroit de nouveau fermé, invoquant les frappes israéliennes au Liban comme violation de l’accord — ce que le commandement américain dément[51]. Le 26 juin, un navire est frappé par drone dans le détroit ; les États-Unis répliquent par des frappes sur des radars côtiers, des dépôts de drones et des capacités de mouillage de mines ; l’Iran vise en retour des installations américaines au Koweït et à Bahreïn[52]. Après une accalmie et un pic de trafic début juillet, trois navires sont attaqués les 6 et 7 juillet ; les frappes américaines reprennent ; le 8 juillet, en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, le président américain déclare le mémorandum caduc[53]. Le blocus naval est rétabli le 14 juillet[54]. Le 18 juillet, un négociateur iranien décrit le mémorandum comme suspendu et impute la rupture aux violations américaines ; le ministère iranien de la Santé fait état de cinquante morts et de plus de cinq cents blessés depuis le 6 juillet, et signale la mise hors service d’une usine de dessalement privant dix mille personnes d’eau[55]. Les frappes américaines deviennent quotidiennes — douzième nuit consécutive le 23 juillet[56].

Le seuil 2 est donc franchi ; il n’est pas tenu. Et l’analyse doit ajouter un élément que l’on oublie souvent : la partie la plus favorable à l’Iran du mémorandum — la clause 5, qui renvoyait à un dialogue irano-omanais l’administration future du détroit — est précisément celle dont la mise en œuvre a produit, six semaines plus tard, une proposition omanaise qui dépossède l’Iran du contrôle qu’il revendiquait. La contrainte a obtenu un texte ; le texte a ouvert un processus ; le processus travaille contre l’objectif de son bénéficiaire apparent.

5.6. Les Houthis : autonomisation du réseau et effet retour

Le cas yéménite est le plus instructif du point de vue de la théorie des alliances asymétriques, et il faut se garder ici d’une erreur d’attribution fréquente.

Le mouvement houthiste entre en guerre le 28 mars 2026 par un tir balistique sur Israël, en solidarité déclarée avec Téhéran[57]. Jusque-là, la configuration est celle d’un instrument fonctionnant conformément à sa fonction.

La séquence de juillet est d’une autre nature. Le 20 juillet, le mouvement déclare un blocus naval de l’Arabie saoudite — non pas au nom de la cause iranienne, mais au nom d’un grief propre : la levée de ce qu’il décrit comme un siège saoudien imposé au Yémen depuis près de douze ans, selon un principe explicitement énoncé de réciprocité[58]. Le 22 juillet, deux pétroliers saoudiens sont visés ; le 24 juillet, l’aviation saoudienne frappe le port de Hodeïda, principale entrée des importations commerciales et humanitaires du nord du Yémen ; le 26 juillet, une installation pétrolière de la province de Jazan est touchée ; le 28 juillet, un pétrolier saoudien supplémentaire est attaqué au missile balistique — le quatrième depuis la déclaration de blocus[59].

Trois enseignements.

Le premier concerne l’agent. Un allié asymétrique dont on a développé les capacités et l’autonomie opérationnelle poursuit ses propres objectifs, et l’écart entre ses préférences et celles du patron s’accroît avec sa capacité — problème classique de délégation, ici en configuration extrême, puisque le patron ne peut ni contrôler ni désavouer sans perdre l’actif. Que le blocus soit justifié par un grief yéménite et non iranien n’atténue pas le problème : cela le démontre.

Le deuxième concerne l’effet système. Riyad, qui avait redirigé une part importante de ses exportations vers ses ports de la mer Rouge en raison de la paralysie d’Ormuz — avec un projet d’expansion à environ 9 millions de barils par jour sur trois ans —, voit environ les trois quarts de ce flux exposé au détroit de Bab el-Mandeb[60]. Le royaume, qui avait tout fait pour rester à l’écart de la guerre, s’y trouve engagé militairement. La quasi-simultanéité de la perturbation d’Ormuz et de Bab el-Mandeb prive l’Arabie saoudite de ses deux voies d’exportation.

Le troisième concerne l’imputation. Le 23 juillet, le président américain annonce qu’il tiendra l’Iran pour responsable des futures attaques houthistes[61]. Un patron qui ne contrôle plus son agent en supporte néanmoins le coût réputationnel et militaire : c’est le pire des deux mondes.

5.7. Le Liban : de l’instrument à l’enjeu

La séquence libanaise confirme la conversion d’un atout en passif, et elle le fait de la manière la plus démonstrative qui soit : par une institutionnalisation réussie — mais conduite par d’autres.

Israël engage une incursion terrestre au sud du Liban le 17 mars, après avoir autorisé l’opération le 3 mars[62]. Un cessez-le-feu intervient le 16 avril, puis des négociations directes libano-israéliennes s’ouvrent à Washington le 14 avril — les premières depuis 1983[63]. Le 26 juin 2026, un accord-cadre trilatéral est annoncé à Washington : il prévoit un processus séquencé au terme duquel l’armée libanaise rétablit son autorité souveraine effective sur l’ensemble du territoire, conditionne le retrait israélien à la vérification du désarmement des groupes armés non étatiques, reconnaît la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban, affirme l’absence d’ambitions territoriales israéliennes et engage un soutien économique américain à la reconstruction[64].

Le Hezbollah rejette le texte : son secrétaire général le déclare nul et non avenu et soutient que c’est le mémorandum irano-américain qui devrait faire référence ; le président du Parlement affirme qu’il ne sera pas appliqué[65]. Et pourtant, il commence à l’être. Le 21 juillet, le président libanais est reçu à la Maison-Blanche ; le 26 juillet, l’armée libanaise se déploie dans des zones pilotes du Sud-Liban à la suite de retraits israéliens[66]. La mise en œuvre demeure incertaine, et des analystes des deux bords soulignent la faiblesse de l’armée libanaise, l’opposition du Hezbollah, et le risque que la présence israélienne se prolonge sous couvert d’exigences de sécurité[67].

Analytiquement, l’essentiel est ailleurs que dans le pronostic. Le Liban n’est plus pour Téhéran un instrument de projection : c’est un théâtre où le statut de son allié est l’objet d’une négociation entre d’autres, où l’État libanais est promu comme interlocuteur à la place du mouvement, et où le coût de la protection excède désormais le rendement stratégique. Le mémorandum irano-américain stipulait la fin des opérations sur tous les fronts, Liban compris ; Israël, qui n’y était pas partie, a immédiatement fait savoir qu’il ne s’estimait pas lié[68]. Un accord qui prétend disposer d’un théâtre sans le consentement de celui qui y opère ne dispose de rien.

5.8. Le dossier nucléaire : de la dissuasion latente à l’opacité

La politique nucléaire iranienne a longtemps relevé d’une logique de dissuasion latente : maintenir un seuil technologique suffisamment proche pour que l’option existe, suffisamment éloigné pour que le franchissement ne soit pas constaté. Cette position d’ambiguïté est théoriquement instable, parce qu’elle produit chez l’adversaire l’incitation exactement inverse à celle recherchée : plus le seuil approche, plus la fenêtre pour une action préventive se referme, et plus l’incitation à agir avant sa fermeture est forte — mécanisme classique de la logique gilpinienne de guerre préventive.

Les faits observés sont cohérents avec ce mécanisme. En juin 2025, des frappes israéliennes puis américaines visent Natanz, Ispahan et Fordo. L’Agence internationale de l’énergie atomique retire ses inspecteurs fin juin 2025 pour raisons de sécurité ; l’Iran suspend formellement sa coopération en juillet 2025[69]. Le rapport du Conseil des gouverneurs du 27 février 2026 établit l’inventaire arrêté au 13 juin 2025, veille des frappes : 9 874,9 kg d’uranium enrichi au total, dont 9 040,5 kg sous forme d’hexafluorure, comprenant 184,1 kg enrichis jusqu’à 20 % et 440,9 kg enrichis jusqu’à 60 % — l’Iran étant le seul État non doté partie au TNP à avoir produit et accumulé de la matière à ce niveau[70]. Environ 42 kg d’uranium à 60 % suffiraient théoriquement, après enrichissement complémentaire, à la matière fissile d’une arme[71].

Depuis, l’Agence n’a pas eu accès aux stocks déclarés. Son rapport de juin 2026 relève que l’absence de vérification depuis près d’un an constitue un sujet de préoccupation en matière de prolifération et de conformité, tout en indiquant qu’aucun élément n’atteste d’un programme d’armement[72]. Le directeur général déclare en juillet 2026 que la matière est vraisemblablement toujours en place, sans que cela puisse être vérifié[73]. Un différend persiste sur la séquence : l’Agence estime que les inspections doivent accompagner l’accord intérimaire, l’Iran soutient qu’elles ne peuvent intervenir qu’après un accord final[74].

Trois conséquences théoriques méritent d’être relevées.

Premièrement, la dissuasion latente a échoué en tant que dissuasion : elle n’a pas prévenu l’attaque, elle l’a précipitée — et deux fois, en juin 2025 puis en février 2026, alors même que des négociations étaient en cours[75]. Deuxièmement, l’opacité qui en résulte est stratégiquement ambivalente : elle prive l’adversaire de certitude, ce qui peut avoir un effet dissuasif résiduel, mais elle prive aussi Téhéran de la capacité de rassurer, ce qui referme l’option diplomatique. Troisièmement, l’Iran se trouve enfermé dans une position sans issue dominante : demeurer dans le TNP sans permettre les inspections est intenable juridiquement, en sortir vaut aveu d’intention et expose à la frappe.

5.9. Le coût : économie iranienne, facture régionale, facture mondiale

L’analyse de puissance serait incomplète sans la mesure du coût, car un levier n’est un actif que si son détenteur peut en supporter l’usage.

L’économie iranienne subit une contraction d’une brutalité rare. Le Fonds monétaire international estime pour 2026 un recul du produit intérieur brut de 6,1 % et une inflation de 68,9 %[76]. Le rial, qui s’échangeait autour de 811 000 pour un dollar un an plus tôt, dépasse 1,81 million fin avril 2026[77]. Les exportations de brut, encore d’environ 2,1 millions de barils par jour en février, tombent à zéro en mai ; les recettes d’exportation du mois passent sous 200 millions de dollars, contre une base mensuelle d’avant-guerre plus de vingt fois supérieure ; plus de 90 % du commerce extérieur iranien transite par le détroit que l’Iran a lui-même fermé[78]. Des responsables économiques iraniens auraient averti le président qu’une reconstruction prendrait plus d’une décennie, et le gouverneur de la banque centrale aurait plaidé pour le rétablissement de l’accès à Internet et la conclusion d’un accord[79].

La facture régionale est également considérable, et elle est supportée par des États non belligérants : arrêts de production, force majeure, aviation civile suspendue, infrastructures civiles endommagées, dessalement menacé. La facture mondiale se lit dans les prix de l’énergie, dans ceux des engrais — l’urée progresse de 50 % dès la fin mars — et dans les prévisions de croissance : la Banque asiatique de développement anticipe pour 2026 un recul de 0,7 point de la croissance asiatique et une inflation portée à 5,2 % dans l’hypothèse d’un baril moyen autour de 96 dollars[80].

Ce point est essentiel pour la suite de l’argument. Une capacité de nuisance dont l’usage coûte à son détenteur davantage qu’à sa cible principale, et dont les premières victimes sont ses partenaires et ses voisins, est une capacité qui se retourne. Elle demeure redoutable ; elle n’est pas convertible.

5.10. Alignements extérieurs : ce que la guerre a révélé

La Chine et la Russie. Le soutien est diplomatique et non sécuritaire. Les deux États opposent le 7 avril leur veto à un projet de résolution bahreïnien sur la sécurité du détroit, jugé déséquilibré et porteur d’un risque d’escalade[81]. Mais la Chine critique publiquement l’Iran pour ses attaques contre les États de la région dès le 21 mars, et Xi Jinping déclare le 21 avril au prince héritier saoudien que le détroit doit rester ouvert à la navigation normale, au nom de l’intérêt commun des pays de la région et de la communauté internationale[82]. Pékin refuse par ailleurs, comme les alliés européens des États-Unis, de participer à une opération de réouverture[83]. Le calcul chinois est lisible : premier importateur mondial d’hydrocarbures, la Chine a davantage perdu à la fermeture qu’elle n’a gagné à l’affaiblissement américain. Le soutien à l’Iran a une limite naturelle, qui est le coût de l’instabilité pour l’économie chinoise.

Les États du Golfe. C’est ici que l’observation est la plus riche, et la plus contre-intuitive pour les deux camps du débat.

Les six États du Conseil de coopération du Golfe ont été frappés, tous, malgré des années de normalisation et de retenue déclarée. Une évaluation régionale postérieure formule la leçon en termes qui intéressent directement la théorie de l’équilibre des menaces : la modération du Golfe a été lue par Téhéran comme une incapacité et non comme un choix, de sorte que ni la normalisation ni la retenue n’ont produit de dissuasion[84]. Le conseiller diplomatique émirien résume l’effet en soutenant que les frappes iraniennes ont eu des répercussions géopolitiques profondes et installé Téhéran comme la menace centrale structurant la pensée stratégique du Golfe[85].

La réponse n’est cependant pas un simple ralliement à Washington, et c’est le point que l’analyse doit tenir. Les États du Golfe tirent simultanément deux conclusions : que l’Iran est la menace, et que la garantie américaine n’a ni prévenu la guerre — déclenchée sans consultation préalable — ni protégé leur territoire[86]. Il en résulte une double dynamique : contre-équilibrage à l’égard de l’Iran, et diversification à l’égard du garant. Les analyses régionales convergent sur un programme : système de défense aérienne intégré du CCG, mutualisation des acquisitions, production locale d’intercepteurs, pluralisation des partenariats — accords de coopération avec la Corée du Sud sur le matériel, avec l’Ukraine sur les drones intercepteurs à bas coût et le savoir-faire acquis sous saturation, intérêt saoudien pour le programme d’avion de combat turc[87]. La formule qui revient est que la sécurité du Golfe ne peut pas être sous-traitée[88].

Enfin, les États du Golfe formulent une exigence politique explicite : tout règlement doit inscrire des restrictions vérifiables sur les missiles, les drones et la guerre par procuration, garantir que le détroit ne servira plus d’arme, et les intégrer eux-mêmes à l’architecture de ce qui suivra[89]. Le mémorandum de juin ne comporte aucune de ces dispositions.

6. Test des hypothèses

6.1. Résultats

HypothèseAttendu si vraieObservé (2023 – août 2026)Verdict
H1 — RefusInterdiction effective d’un espace stratégique ; survie à une décapitationTrafic d’Ormuz réduit d’environ 90 % sur un an et maintenu à ce niveau plus de cinq mois ; 20 000 marins immobilisés ; transmission de l’autorité assurée en huit jours après l’élimination du Guide et de l’essentiel du commandementCorroborée
H2 — ContrainteConcessions formelles obtenues et durablesMémorandum du 17 juin 2026 : levée du blocus, licences pétrolières, engagement de levée des sanctions, fonds de 300 milliards, silence sur les missiles ; mais accord déclaré caduc le 8 juillet, blocus rétabli le 14 juillet, frappes quotidiennes ensuiteCorroborée sur le fond, infirmée sur la durée
H3 — CompositionFourniture d’un bien non excluable ; adhésions volontaires ; institution pérenneTentative explicite d’institutionnalisation (Autorité du détroit, 5 mai 2026) ; mais bien produit excluable et discriminant, désigné comme extorsion par le Trésor américain, et concurrencé par un contre-modèle multilatéral omanais qui dépossède l’Iran du contrôleInfirmée
H4 — ÉquilibrageContre-équilibrage croissant avec l’usage de la coercitionSix membres du CCG frappés et mobilisés ; entrée militaire effective de l’Arabie saoudite contre un allié iranien ; programme d’intégration des défenses aériennes et de pluralisation des partenariats ; exigence explicite de restrictions sur les missiles et les proxysCorroborée
H5 — TransitionConvergence des capacités vers la paritéDivergence : PIB en recul de 6,1 %, inflation de 68,9 %, exportations pétrolières nulles en mai, monnaie divisée par plus de deux en un an, direction militaire décimée, profondeur régionale perdue au Liban et instrumentalisée au YémenInfirmée

6.2. Interprétation : la puissance de refus

La configuration H1 corroborée / H2 partiellement corroborée / H3 infirmée / H4 corroborée définit un profil stratégique cohérent, que nous proposons de nommer puissance de refus.

Une puissance de refus se caractérise par cinq traits.

Premièrement, une capacité de déni élevée dans un domaine étroit. Elle est réelle, mesurable, et n’a rien de symbolique : maintenir un détroit international impraticable pendant plusieurs mois face à la première marine du monde est un fait de puissance que la quasi-totalité des États du système est incapable d’accomplir.

Deuxièmement, une capacité de contrainte intermittente. Le déni, appliqué à un point vital de l’économie mondiale, produit des concessions réelles. Mais ces concessions portent sur la suspension du dommage, non sur un règlement : elles sont donc structurellement révocables des deux côtés, et le cycle recommence.

Troisièmement, une inconvertibilité. La capacité ne se transforme pas en position institutionnelle, non par défaut d’effort — l’Iran a créé une agence, publié des coordonnées, tarifé, négocié —, mais parce que le bien qu’elle permet de produire est excluable et discriminant. Nous y revenons en §7.3.

Quatrièmement, une auto-limitation par contre-équilibrage. Chaque usage du levier accroît la demande de protection chez les voisins et donc la profondeur de la coalition adverse. C’est le mécanisme waltien : ce n’est pas la puissance iranienne qui provoque la coalition, c’est la menace perçue, et cette menace est maximisée par l’usage même de la capacité de déni sur des cibles voisines.

Cinquièmement, une robustesse défensive. Le profil est difficile à éliminer, précisément parce qu’il ne dépend pas d’une supériorité conventionnelle et qu’il coûte peu à maintenir. Cinq mois de campagne aérienne, de blocus naval et de décapitation ne l’ont pas supprimé. C’est ce qui interdit de le confondre avec la faiblesse.

Ce profil n’est donc ni une puissance émergente ralentie, ni un simple désordre. C’est une position d’équilibre, stable, et coûteuse pour tout le monde — y compris pour son titulaire.

6.3. Les quatre conditions de basculement

L’hypothèse d’un basculement de l’Iran vers le statut de puissance structurante suppose la réunion de quatre conditions, qu’il convient d’examiner séparément — la thèse étant que leur réunion est nécessaire, et probablement pas suffisante.

(i) La souveraineté effective sur le détroit d’Ormuz. La condition doit être précisée : une chose est la capacité de fermer, autre chose est la souveraineté. La souveraineté sur un passage international implique la capacité d’en garantir l’usage — donc d’en tirer une rente politique de la part de ceux qui en dépendent. L’expérience de 2026 démontre la capacité de fermeture et l’absence de capacité de garantie. Mieux : elle démontre que la tentative de convertir la première en seconde a produit une agence sanctionnée, un contre-modèle régional porté par Oman, et un corridor de contournement soutenu par Washington le long de la côte omanaise[90]. Un acteur qui peut fermer mais dont l’ouverture doit être négociée avec un tiers, sous menace, n’exerce pas une souveraineté. Condition non remplie, et la tentative de la remplir a affaibli la position.

(ii) Le retrait américain laissant les États arabes vulnérables. C’est la condition la plus fréquemment invoquée, et la plus fragile analytiquement. Elle suppose une inférence : moins de présence américaine égale plus d’influence iranienne. L’observation de 2026 suggère un mécanisme différent. Les États du Golfe, tous frappés, ont constaté que ni les bases américaines ni les statuts d’allié majeur ne les avaient protégés — mais leur conclusion n’est pas le ralliement à Téhéran : c’est l’autonomie stratégique, l’intégration de leurs défenses et la pluralisation de leurs partenaires. Autrement dit, un affaiblissement de la garantie américaine ne produit pas mécaniquement une clientèle iranienne : il produit une prolifération de garanties concurrentes et, à terme, une demande de dissuasion autonome — c’est-à-dire un environnement moins gouvernable pour Téhéran, non davantage. Condition mal spécifiée, et probablement contre-productive dans sa forme actuelle.

(iii) L’intégration dans une conception globale de la paix. Cette condition est la seule qui porte sur le seuil 3, et c’est pourquoi elle est décisive. Devenir puissance structurante suppose de fournir quelque chose que d’autres veulent : sécurité maritime, prévisibilité énergétique, garanties de non-agression crédibles. Le mémorandum de juin 2026 offrait précisément une amorce de ce type de position, et la clause 5 lui ouvrait un cadre régional. Sa dénonciation croisée un mois plus tard a détruit la ressource la plus rare et la plus lentement accumulée en politique internationale : la crédibilité des engagements. Condition non remplie, et rendue plus difficile à remplir par la séquence récente.

(iv) Le rôle du Liban et des Houthis. L’analyse conduite en §5.6 et §5.7 conduit à inverser le signe de cette condition. Le réseau d’alliés armés a cessé de fonctionner comme multiplicateur de puissance pour fonctionner comme générateur d’obligations : au Liban, il impose une protection dont le coût excède le rendement et dont le statut est désormais négocié entre l’État libanais, Israël et Washington ; au Yémen, il produit des actions non contrôlées, justifiées par des griefs propres, qui déclenchent l’entrée d’un acteur majeur dans le conflit et dont l’Iran est tenu pour comptable. La condition, telle qu’elle est ordinairement formulée, présuppose une capacité de contrôle qui n’est plus vérifiée. Condition invalidée dans sa formulation ; à reformuler comme une variable de coût.

Aucune des quatre conditions n’est remplie au 4 août 2026, et deux d’entre elles se sont retournées. Cela ne signifie pas que le basculement soit impossible : cela signifie qu’il ne se produira pas par prolongation de la trajectoire actuelle.

7. Discussion : implications théoriques

7.1. Ce que le cas apprend à la théorie de la dissuasion

Le cas iranien constitue une observation rare : une architecture de dissuasion construite sur trois décennies, testée sous contrainte maximale, dont on peut évaluer la performance différenciée.

Le résultat est net et théoriquement intéressant. La dissuasion par déni a fonctionné ; la dissuasion par punition a échoué. L’Iran a réussi à rendre impraticable un espace qu’il voulait rendre impraticable, et il l’a maintenu tel contre la puissance navale la plus considérable du système. Il a échoué à empêcher qu’on frappe son territoire, ses installations et sa direction — y compris son Guide suprême, cible qu’aucune analyse d’avant-guerre ne tenait pour accessible.

Cette dissociation invite à réviser un présupposé courant selon lequel la capacité de représailles produit mécaniquement de la retenue chez l’adversaire. Elle n’en produit que si trois conditions sont réunies : la menace doit être crédible, ses effets doivent être intolérables pour l’adversaire, et l’adversaire doit percevoir qu’une abstention lui laisse une situation acceptable. La troisième condition est celle qui a manqué. On retrouve exactement la logique gilpinienne de la guerre préventive : la dissuasion ne fonctionne pas contre un adversaire qui pense que le temps joue contre lui.

Un second enseignement, plus inattendu, concerne la valeur dissuasive comparée du levier et de l’arsenal. L’observation de la guerre a conduit plusieurs analystes à relever que l’instrument le plus efficace de l’Iran n’a été ni son programme balistique ni son programme nucléaire, mais sa capacité à fermer un détroit[91]. Cette conclusion mérite d’être formulée comme proposition théorique : dans un système d’interdépendance dense, la maîtrise d’un point de passage obligé peut produire plus de contrainte immédiate qu’une capacité de destruction supérieure, parce qu’elle impose un coût à des tiers dont l’adversaire dépend, et qu’elle le fait de façon graduable, réversible et attribuable.

Corollaire, formulé comme proposition testable : une dissuasion fondée sur un seuil que l’adversaire perçoit comme se refermant tend à provoquer l’attaque qu’elle prétend prévenir. Cette proposition est transposable au-delà du Moyen-Orient à toute situation de prolifération latente.

7.2. Le nucléaire : la vallée de vulnérabilité

Le débat Sagan-Waltz (2013) trouve ici un terrain d’application d’autant plus précieux que le cas est intermédiaire : ni non-prolifération, ni prolifération achevée, mais prolifération suspendue.

L’argument waltzien voudrait qu’un Iran doté soit un Iran stabilisé, contraint à la prudence par la logique même de la dissuasion mutuelle. Rien dans les observations disponibles ne permet de trancher cette proposition, puisque le cas n’a pas eu lieu. Ce que le cas permet en revanche d’établir, c’est le coût de la zone intermédiaire : la position de seuil, loin d’être une position d’attente rationnelle, réunit les inconvénients des deux extrêmes — elle attire les frappes préventives comme un programme avancé, sans procurer l’immunité d’un arsenal constitué.

Cette conclusion rejoint et précise la littérature récente sur la latence. Là où Volpe identifie une zone optimale dans laquelle la latence peut servir la contrainte, le cas iranien illustre ce qui se produit au-delà : un État qui a franchi le point où ses menaces de prolifération sont crédibles mais où ses assurances de non-prolifération ne le sont plus. Il perd alors les deux moitiés de l’instrument à la fois — il ne dissuade pas, et il ne rassure plus[92]. On peut formuler cela comme une proposition générale : la fonction reliant le degré d’avancement nucléaire à la sécurité de l’État n’est pas monotone. Elle décroît d’abord — plus on avance, plus on est vulnérable — avant de croître au-delà d’un seuil de constitution effective d’arsenal. Un État engagé dans cette trajectoire fait face à une vallée de vulnérabilité maximale qu’il doit traverser rapidement ou ne pas aborder.

L’implication est contre-intuitive et politiquement inconfortable : la pression maximale exercée sur un État de seuil augmente son incitation à courir vers l’arsenal, non à reculer. Les analyses produites depuis mars 2026 relèvent d’ailleurs deux effets systémiques convergents. D’une part, l’attaque de l’Iran pendant deux cycles de négociation distincts affaiblit la valeur perçue de l’engagement diplomatique comme protection[93]. D’autre part, l’affaiblissement de la confiance dans les garanties étendues nourrit, chez des alliés qui ne sont pas parties à ce conflit — Corée du Sud, Japon, et le débat public en Pologne ou en Turquie —, une réévaluation de leurs propres options de latence[94]. Le coût du précédent n’est donc pas régional : il est systémique, et il porte sur le régime de non-prolifération lui-même.

7.3. Pourquoi le refus ne se convertit pas : biens collectifs, biens de club, rente de protection

Nous en venons à la contribution théorique centrale de cet article, que la séquence de mai à août 2026 permet d’établir avec une netteté que les crises antérieures n’autorisaient pas.

La littérature explique généralement l’échec des puissances contestataires à devenir ordonnatrices par des variables de ressources — capacités insuffisantes, économie trop faible, isolement diplomatique — ou par des variables d’intention — révisionnisme idéologique, incapacité à accepter le statu quo. Le cas iranien montre un mécanisme distinct, et plus fondamental, parce que l’Iran dispose ici d’une ressource considérable et manifeste une intention explicite d’institutionnaliser.

Reprenons la séquence. Téhéran ferme le détroit (déni). Il discrimine ensuite entre nationalités autorisées et interdites (bien de club). Il tarife le passage (bien privé). Il crée enfin une agence chargée d’autoriser et de facturer (institution). À chaque étape, l’Iran monte d’un cran dans la formalisation — et à chaque étape, il s’éloigne du seuil 3 au lieu de s’en approcher. Pourquoi ?

Parce que le bien qu’il produit est le retrait d’une menace dont il est lui-même l’unique source. Cette structure a quatre propriétés qui interdisent la composition.

Elle est excluable par construction. La valeur du laissez-passer dépend du fait que d’autres n’en disposent pas. Un bien collectif de navigation perdrait toute valeur monnayable s’il était universel ; le producteur a donc un intérêt permanent à maintenir l’exclusion, c’est-à-dire à maintenir la menace. Il ne peut jamais fournir ce que la région demande sans détruire sa propre position.

Elle est non recognoscible. Un hégémon au sens de Gilpin obtient une autorité parce que les bénéficiaires reconnaissent que le bien disparaîtrait avec lui. Ici, le bien disparaîtrait avec la menace : celui qui paie sait que le paiement n’achète pas un service mais une abstention. Aucun acteur ne peut légitimer publiquement une telle relation, ce qui explique que même les bénéficiaires effectifs du régime d’exemption — Chine, Inde, Russie, Pakistan — n’aient à aucun moment défendu le principe iranien, la Chine allant jusqu’à réclamer publiquement la réouverture du détroit tout en profitant du régime d’autorisation.

Elle est juridiquement indéfendable. Le droit de la mer, sans être universellement ratifié par les parties, fait de la liberté de transit dans un détroit servant à la navigation internationale une norme largement reconnue, et il exclut la perception de droits en dehors de services effectivement rendus. Un péage adossé à la levée d’une menace ne peut donc pas être codifié : il ne peut être qu’imposé[95].

Elle est immédiatement imitable par l’adversaire. L’épisode du 13 juillet — proposition américaine d’une rétribution de 20 % de la cargaison contre protection, retirée le lendemain — démontre que la logique de la rente de passage n’appartient en propre à personne. Dès lors que le bien collectif a été privatisé par l’un, l’autre peut le privatiser à son tour, et la différence entre le contestataire et le garant se réduit à une différence de tarif.

De ces quatre propriétés découle une proposition que nous formulons comme suit :

Proposition de non-conversion. Une capacité de déni peut être institutionnalisée, mais l’institution qui en résulte produit une rente de protection, et non un bien collectif. Or seul un bien collectif fonde une autorité d’ordonnancement. En conséquence, l’institutionnalisation du refus ne rapproche pas du seuil de composition : elle le verrouille, en donnant une forme permanente et visible à l’exclusion qui empêche la reconnaissance.

Le corollaire est instructif, car il indique la seule voie de sortie observable. Cette voie n’est pas un supplément de coercition ni un supplément d’accommodement : c’est un transfert de la fonction à un dispositif multilatéral dans lequel le producteur du bien n’est plus le détenteur exclusif de la menace. C’est précisément ce que propose Oman : un mécanisme régional conjoint, des contributions volontaires, un précédent existant — le détroit de Malacca — où trois riverains sollicitent une participation pour services rendus sans conditionner le passage. La différence entre les deux modèles est exactement la différence entre le seuil 1 institutionnalisé et le seuil 3 : dans le premier, on paie pour ne pas être attaqué ; dans le second, on contribue à un service dont on bénéficie et dont l’interruption ne dépend de personne en particulier.

Le fait que l’Iran discute ce modèle, et que son ministre des Affaires étrangères en annonce le 3 août les phases finales tout en précisant qu’il ne s’agit pas de la réouverture du détroit, constitue l’indicateur le plus important à suivre dans les mois qui viennent. C’est là, et non sur le champ de bataille, que se joue la question posée par cet article.

7.4. Transposition exploratoire : performance, conformité, légitimité au niveau régional

Le cadre du seuil de survie institutionnelle (SSI), développé pour rendre compte de la survie des ordres politiques internes après le découplage de leurs trois soutiens — performance, conformité, légitimité (Asas, manuscrit en cours) —, offre une transposition heuristique au niveau régional, que nous proposons ici à titre exploratoire et non démonstratif.

Un candidat à la structuration d’un ordre régional a besoin des trois mêmes appuis. La performance : il doit produire des résultats que d’autres valorisent — sécurité, flux, arbitrage. La conformité : son comportement doit être suffisamment compatible avec les règles admises pour que traiter avec lui ne soit pas coûteux. La légitimité : les autres doivent croire que l’ordre qu’il propose mérite d’être maintenu, indépendamment de la coercition qui le soutient.

Le cas iranien présente un découplage complet. La performance est réelle mais négative : l’Iran produit de l’empêchement, non du bien. La conformité est faible et déclinante : la fermeture d’un détroit international, les frappes sur des infrastructures civiles d’États tiers non belligérants et la suspension d’un accord signé produisent un coût de transaction qui décourage jusqu’aux États qui souhaitaient l’accommodement — le fait que la désignation par le Trésor américain de l’agence du détroit expose à un risque de sanctions quiconque coopère avec elle en est l’expression la plus concrète : même se conformer au dispositif iranien devient coûteux. La légitimité régionale n’est mobilisable que négativement — contre un adversaire commun — et cette ressource s’épuise dès que Téhéran devient lui-même la source de la menace pour ses voisins.

L’apport de la transposition est de rendre visible pourquoi la capacité de refus est stable et l’incapacité de composition l’est également. Un ordre — interne ou régional — peut survivre longtemps au découplage de ses appuis grâce à l’inertie, aux coûts de sortie et à la coercition. Mais ce qui survit ainsi n’est plus un ordre gouvernant : c’est un ordre qui dure. Appliqué au niveau régional, cela donne une définition non triviale de la puissance de refus : un acteur qui a franchi le seuil de survie sans franchir le seuil de gouvernement.

Il faut souligner les limites de cette transposition. Le niveau régional ne dispose pas de l’équivalent fonctionnel d’un contrat politique interne, et les mécanismes d’inertie institutionnelle ne s’y présentent pas sous la même forme. La proposition est donc offerte comme hypothèse de travail, requérant une validation comparative — la Russie post-2022, la Turquie post-2016 et le Pakistan constitueraient des cas de test pertinents.

7.5. Explications rivales

Cinq objections sérieuses peuvent être opposées à la thèse. Elles doivent être exposées dans leur meilleure version.

Objection 1 : l’observation est prématurée. On juge un acteur au creux de sa trajectoire. En 1943, l’Allemagne paraissait invincible ; en 1946, la France paraissait finie. La réponse est double. D’une part, la thèse ne porte pas sur la trajectoire mais sur la nature de la capacité : établir que la capacité de déni ne se convertit pas en capacité de composition est une proposition sur un mécanisme, non sur une conjoncture. D’autre part, l’objection est prise au sérieux en section 8, où des indicateurs de révision sont explicitement fournis.

Objection 2 : la perturbation est une forme de puissance. C’est l’objection la plus forte, et elle est en partie acceptée. Nous ne soutenons pas que l’Iran est faible : nous soutenons qu’il est puissant d’une manière particulière, et que cette manière a des propriétés différentes de celles qu’on lui prête. La divergence porte sur les conséquences : une puissance de refus ne peut pas transformer l’ordre régional, elle peut seulement empêcher qu’il se referme sans elle. C’est considérable, et ce n’est pas la même chose.

Objection 3 : l’Iran a gagné — le mémorandum le prouve. Cette lecture est défendue jusque dans le débat américain, où l’accord de juin a été qualifié de recul et où l’on souligne que Téhéran a fait plier Washington en tenant en otage le détroit et les infrastructures énergétiques des alliés du Golfe, et qu’il a encaissé plusieurs milliards de dollars pendant la fenêtre de levée des sanctions[96]. L’objection est factuellement fondée et nous l’avons intégrée comme corroboration de H2. Mais elle ne survit pas à l’examen du terme suivant : quatre semaines plus tard, le cessez-le-feu de soixante jours était mort, le blocus rétabli, les recettes de nouveau nulles et le trafic revenu à ses niveaux de crise. Obtenir un texte et ne pas tenir la position qu’il ouvrait, c’est exactement ce que notre grille appelle un franchissement du seuil 2 sans franchissement du seuil 3.

Objection 4 : endogénéité. Les faiblesses observées ont été produites par les attaques, non révélées par elles ; sans la guerre, la trajectoire ascendante se serait poursuivie. Cette objection est partiellement recevable pour l’érosion des capacités matérielles. Elle l’est beaucoup moins pour le résultat central. Le contre-équilibrage régional n’a pas été produit par les frappes américano-israéliennes : il a été produit par les frappes iraniennes sur les six États du Conseil de coopération du Golfe, y compris sur des infrastructures civiles et des cibles non américaines, et par la fermeture d’un détroit dont ces États dépendent. Ces décisions relevaient de Téhéran. Le mécanisme testé — l’usage de la coercition contre le voisinage produit du contre-équilibrage — est donc identifié sur une variation dont l’Iran est l’auteur.

Objection 5 : le contre-équilibrage profite finalement aux États-Unis, donc l’ordre n’a pas changé. C’est la lecture que défend notamment le conseiller diplomatique émirien lorsqu’il observe que la stratégie iranienne a eu pour effet de rapprocher la sécurité du Golfe des États-Unis[97]. Elle est plausible à court terme et nous ne la rejetons pas. Nous soutenons qu’elle est incomplète : les mêmes États tirent simultanément la conclusion que la garantie américaine n’a pas fonctionné, et engagent une diversification — matériels coréens, savoir-faire ukrainien, coopération turque, production locale — dont la logique est l’autonomie et non l’alignement. L’effet net n’est donc ni la consolidation de l’ordre américain ni son remplacement par un ordre iranien : c’est une fragmentation des garanties, qui rend la région plus difficile à ordonner pour tout le monde. Cette conclusion est plus dérangeante que les deux thèses qu’elle remplace, et c’est une raison de plus de l’énoncer.

8. Scénarios et indicateurs de révision (2026-2031)

La distinction entre analyse et prévision doit être maintenue. Ce qui suit n’est pas une prédiction mais un ensemble de conditionnels assortis d’indicateurs observables, qui permettront de réviser le diagnostic. Chaque scénario est accompagné du fait qui, s’il était observé, imposerait de le retenir.

S1 — Verrouillage coercitif (poursuite de la trajectoire actuelle). L’Iran maintient sa capacité de déni, alterne fermetures et négociations, sans franchir le seuil 3. Le coût régional se stabilise à un niveau élevé et l’économie iranienne se contracte durablement. Indicateurs : trafic d’Ormuz oscillant durablement sous 50 % de sa normale ; accords de suspension successifs sans accord de règlement ; maintien de l’Autorité du détroit comme guichet unilatéral ; absence de mécanisme régional incluant Téhéran.

S2 — Basculement institutionnel par la voie omanaise. L’arrangement discuté avec Mascate se substitue au dispositif unilatéral : gestion conjointe, contributions volontaires pour services rendus, participation des riverains. L’Iran cesse de vendre l’exemption et commence à cofournir un service. C’est la seule voie d’amorce du seuil 3 actuellement observable. Indicateurs de basculement : passage d’une « route temporaire » à un mécanisme permanent ; participation formelle d’États du Golfe autres qu’Oman ; abandon du caractère conditionnel de l’autorisation ; retour d’inspections de l’AIEA avec accès aux inventaires déclarés ; et surtout, maintien des engagements iraniens au-delà d’un cycle complet de tension. Ce dernier point est le test décisif : la crédibilité ne se démontre pas par la signature, mais par la tenue sous contrainte.

S3 — Franchissement nucléaire ouvert. Retrait du TNP ou essai. Le profil change de nature : la puissance de refus acquiert un plancher de survie, mais le coût d’entrée est une phase de vulnérabilité maximale et une probable cascade proliférante régionale. Indicateurs : notification de retrait ; rupture définitive du dialogue avec l’Agence ; activité détectée sur des sites non déclarés ; changement de doctrine publique ; montée en puissance, dans le débat interne iranien, des positions favorables à l’armement[98].

S4 — Fragmentation interne. La dissociation entre performance, conformité et légitimité atteint le point de rupture. Conformément à Kuran, ce scénario est par construction non prévisible : l’absence de signaux n’est pas une preuve de son improbabilité. Indicateurs faibles : défection d’appareils coercitifs plutôt qu’ampleur des manifestations ; rupture publique au sein du clergé ou de l’Assemblée des experts sur la question de la légitimité du nouveau Guide ; fractures dans la chaîne de commandement régionale ; incapacité prolongée à rétablir les services de base — électricité, eau, accès à Internet.

Une observation transversale mérite d’être notée : les scénarios S2 et S3 sont les seuls qui modifieraient le statut de l’Iran ; S1 et S4 en modifieraient seulement l’intensité ou la durée. Autrement dit, la voie du seuil 3 ne passe ni par davantage de coercition ni par moins de coercition : elle passe par un changement de la nature de ce que l’Iran offre à ses voisins — le passage d’une rente d’exemption à une contribution à un service commun. C’est une conclusion contre-intuitive dans les deux directions du débat.

9. Conclusion

La question de savoir si l’Iran devient une puissance ou une force de perturbation appelle une réponse qui n’est ni l’une ni l’autre, et qui n’est pas un compromis entre les deux.

L’Iran a franchi et conserve, de manière robuste, le seuil du refus : il peut interdire un espace stratégique majeur, survivre à une campagne de décapitation qui a coûté la vie à son Guide suprême et à l’essentiel de son commandement, et opposer un veto de fait à toute reconfiguration régionale conduite sans lui. Il franchit épisodiquement le seuil de la contrainte, comme l’a montré le mémorandum d’Islamabad du 17 juin 2026, arraché à un adversaire infiniment supérieur — mais sans tenir les positions ainsi acquises. Il ne franchit pas le seuil de la composition, et la séquence de mai à août 2026 permet de dire pourquoi avec une précision que l’on n’avait pas auparavant : ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Trois résultats méritent d’être retenus au-delà du cas.

Le premier est conceptuel. La puissance de refus est une configuration stratégique distincte, et non un stade intermédiaire sur une trajectoire d’ascension. Elle est stable, coûteuse, difficile à éliminer, et structurellement incapable de produire de l’ordre. La confondre avec une puissance émergente conduit à surestimer la trajectoire ; la confondre avec de la faiblesse conduit à sous-estimer la capacité de blocage. Les deux erreurs ont un coût politique, et l’année 2026 a vu commettre les deux.

Le deuxième est théorique, et c’est l’apport principal de cet article. L’institutionnalisation d’une capacité de déni ne produit pas de composition, parce que le bien qu’elle permet de vendre est le retrait d’une menace dont le vendeur est l’unique source. Un tel bien est excluable, non recognoscible, juridiquement indéfendable et immédiatement imitable par l’adversaire. Il fonde une rente, non une autorité. C’est la raison pour laquelle l’Autorité du détroit du Golfe Persique, créée le 5 mai 2026 pour formaliser une position de force, a produit une désignation par le Trésor américain, un contre-modèle multilatéral omanais et un corridor de contournement — c’est-à-dire l’exact inverse d’une institutionnalisation réussie. Le cas confirme par ailleurs la supériorité prédictive de la théorie de l’équilibre des menaces sur les théories purement capacitaires : les États du Golfe ne se sont pas alignés sur la distribution des capacités mais sur la perception de la menace, et c’est l’usage de la coercition iranienne, non la puissance iranienne, qui a produit la coalition. Il infirme en revanche l’applicabilité du modèle de transition de puissance, faute de la parité qui en constitue la prémisse : ce que nous observons n’est pas une transition, c’est une contestation asymétrique — objet théorique différent, appelant une littérature différente.

Le troisième est méthodologique et vaut avertissement. La variable qui déciderait de la trajectoire iranienne — la cohésion de son ordre interne — est précisément celle que l’on ne peut pas observer. La logique de la dissimulation des préférences interdit d’inférer la solidité du régime de l’absence de renversement comme sa chute de l’intensité des protestations. Toute analyse qui affirme savoir laquelle des deux propositions est vraie dépasse ce que les données autorisent. Le chercheur doit ici accepter une conclusion partielle, ce qui n’est pas une faiblesse de l’analyse mais une condition de son honnêteté.

Reste une implication normative, formulée sans prescription. Si la thèse est exacte, alors les deux stratégies qui dominent le débat — l’écrasement et l’accommodement — se trompent également de cible. La capacité de refus ne peut pas être détruite à un coût acceptable : cinq mois de campagne aérienne, de blocus naval et de décapitation ne l’ont pas supprimée, parce qu’elle est peu coûteuse à maintenir et qu’elle se reconstitue. Elle ne peut pas non plus être achetée, parce qu’elle constitue la ressource principale de son détenteur et que celui-ci n’a aucune raison de la céder contre des promesses révocables — le mémorandum de juin en a administré la démonstration en quatre semaines. Ce qui peut changer, en revanche, c’est le rendement comparé du refus et de la composition, c’est-à-dire l’existence d’un dispositif dans lequel contribuer rapporte davantage que menacer. C’est un problème d’architecture régionale, non un problème de rapport de forces — et c’est probablement pour cette raison qu’il n’a été traité sérieusement par aucune des parties depuis 1979. La proposition omanaise de juillet 2026 est la première tentative, très minoritaire et très fragile, de le poser dans ces termes. Elle mérite, à ce titre, plus d’attention que les communiqués de victoire des deux camps.

Annexe — Chronologie sélective (2025 – 4 août 2026)

DateÉvénement
13-24 juin 2025Guerre des Douze Jours ; frappes israéliennes puis américaines (22 juin) sur les installations nucléaires iraniennes
Fin juin – juillet 2025Retrait des inspecteurs de l’AIEA ; suspension formelle par l’Iran de sa coopération
Septembre 2025Rétablissement des sanctions onusiennes par le mécanisme de retour automatique
Déc. 2025 – janv. 2026Grève des commerçants, manifestations de grande ampleur, répression
8 janvier 2026L’armée libanaise annonce l’achèvement de la première phase du désarmement au sud du Litani
27 février 2026Publication du rapport GOV/2026/8 de l’AIEA (inventaire arrêté au 13 juin 2025)
28 février 2026Opérations Epic Fury et Roaring Lion ; mort d’Ali Khamenei ; riposte iranienne ; fermeture du détroit
1er-2 mars 2026Trafic d’Ormuz proche de zéro ; annonce officielle de la mort du Guide
3-8 mars 2026Assemblée des experts ; désignation de Mojtaba Khamenei (annoncée le 8)
8 mars 2026Brent au-dessus de 100 dollars pour la première fois en quatre ans
10-11 mars 2026Début du minage du détroit ; l’AIE libère 400 millions de barils
17 mars 2026Assassinat d’Ali Larijani ; incursion terrestre israélienne au Sud-Liban ; force majeure irakienne
19 mars 2026Début de la campagne aérienne américaine de réouverture ; record du brut de Dubaï à 166 dollars
27 mars 2026Interdiction formelle du détroit aux navires liés aux États-Unis, à Israël et à leurs alliés
28 mars 2026Entrée en guerre des Houthis contre Israël
7 avril 2026Veto sino-russe sur le projet de résolution bahreïnien relatif au détroit
8 avril 2026Cessez-le-feu de deux semaines sous médiation pakistanaise
11-12 avril 2026Échec des pourparlers d’Islamabad
13 avril 2026Blocus naval américain des ports iraniens
16-17 avril 2026Cessez-le-feu au Liban ; ouverture puis refermeture du détroit
5 mai 2026Création de l’Autorité du détroit du Golfe Persique
11-14 juin 2026Médiation qatarie à Téhéran ; texte final ; signature numérique
17 juin 2026Signature à distance du mémorandum d’Islamabad (Versailles / Téhéran) ; publication des quatorze points
18-22 juin 2026Levée du blocus naval ; licences d’exportation pétrolière
20 juin 2026Nouvelle fermeture du détroit invoquée par Téhéran
26 juin 2026Accord-cadre trilatéral Liban–Israël–États-Unis à Washington ; rejet par le Hezbollah
26-28 juin 2026Attaques sur navires ; frappes américaines ; ripostes iraniennes au Koweït et à Bahreïn
6-8 juillet 2026Trois navires attaqués ; reprise des frappes ; le mémorandum déclaré caduc à Ankara
13-14 juillet 2026Rétablissement du blocus naval ; proposition puis retrait de la rétribution de 20 %
18 juillet 2026Mémorandum déclaré suspendu par Téhéran ; bilan officiel iranien de 50 morts depuis le 6 juillet
20-24 juillet 2026Blocus houthiste de l’Arabie saoudite ; attaques sur pétroliers saoudiens ; frappes saoudiennes sur Hodeïda
21-26 juillet 2026Le président libanais à la Maison-Blanche ; déploiement de l’armée libanaise dans des zones pilotes
28 juillet 2026Proposition omanaise de gestion régionale du détroit
30 juillet 2026Frappe de drone sur deux navires à Damiette (Égypte), non revendiquée
1er-2 août 2026Menace d’attaque majeure, puis annulation
3 août 2026Reprise annoncée des pourparlers, démentie par Téhéran ; négociations irano-omanaises en phase finale ; Brent autour de 83 dollars

Appareil de notes : régimes de preuve

Les notes appelées dans le texte figurent en bas de page. Chaque note indique le régime de preuve applicable : A = source primaire institutionnelle ou donnée d’observation objectivable ; B = fait rapporté par des organes de presse à couverture croisée ; C = source engagée (belligérant, gouvernement partie, média d’opposition, centre de recherche à agenda affiché), utilisée comme indice de tendance ou attestation d’un discours, jamais pour établir un fait contesté.

Références

Asas, N. (manuscrit en cours). The Threshold of Institutional Survival: Performance, Compliance and Legitimacy in Fragile Political Orders. GERISS.

Baldwin, D. A. (1979). Power Analysis and World Politics: New Trends versus Old Tendencies. World Politics, 31(2), 161-194.

Baldwin, D. A. (2016). Power and International Relations: A Conceptual Approach. Princeton University Press.

Barnett, M., & Duvall, R. (2005). Power in International Politics. International Organization, 59(1), 39-75.

Dahl, R. A. (1957). The Concept of Power. Behavioral Science, 2(3), 201-215.

Eckstein, H. (1975). Case Study and Theory in Political Science. In F. Greenstein & N. Polsby (dir.), Handbook of Political Science, vol. 7. Addison-Wesley.

Gilpin, R. (1981). War and Change in World Politics. Cambridge University Press.

Jervis, R. (1976). Perception and Misperception in International Politics. Princeton University Press.

Jervis, R. (1978). Cooperation Under the Security Dilemma. World Politics, 30(2), 167-214.

Kuran, T. (1991). Now Out of Never: The Element of Surprise in the East European Revolution of 1989. World Politics, 44(1), 7-48.

Mearsheimer, J. J. (2001). The Tragedy of Great Power Politics. W. W. Norton.

Mehta, R. N., & Whitlark, R. E. (2017). The Benefits and Burdens of Nuclear Latency. International Studies Quarterly, 61(3), 517-528.

Olson, M. (1965). The Logic of Collective Action: Public Goods and the Theory of Groups. Harvard University Press.

Organski, A. F. K. (1958). World Politics. Alfred A. Knopf.

Organski, A. F. K., & Kugler, J. (1980). The War Ledger. University of Chicago Press.

Pape, R. A. (1996). Bombing to Win: Air Power and Coercion in War. Cornell University Press.

Sagan, S. D., & Waltz, K. N. (2013). The Spread of Nuclear Weapons: An Enduring Debate (3e éd.). W. W. Norton.

Schelling, T. C. (1966). Arms and Influence. Yale University Press.

Snyder, G. H. (1961). Deterrence and Defense: Toward a Theory of National Security. Princeton University Press.

Snyder, G. H. (1965). The Balance of Power and the Balance of Terror. In P. Seabury (dir.), The Balance of Power. Chandler.

Stedman, S. J. (1997). Spoiler Problems in Peace Processes. International Security, 22(2), 5-53.

Strange, S. (1988). States and Markets. Pinter.

Tsebelis, G. (2002). Veto Players: How Political Institutions Work. Princeton University Press.

Volpe, T. A. (2017). Atomic Leverage: Compellence with Nuclear Latency. Security Studies, 26(3), 517-544.

Walt, S. M. (1987). The Origins of Alliances. Cornell University Press.

Waltz, K. N. (1979). Theory of International Politics. Addison-Wesley.

Waltz, K. N. (1981). The Spread of Nuclear Weapons: More May Be Better. Adelphi Papers 171, IISS.


[1]Restrictions de l’information mises en œuvre par les trois belligérants ; coupure puis rationnement de l’accès à Internet en Iran à partir des premiers jours de la guerre ; l’Iran n’a pas publié de données de comptabilité nationale depuis 2024. B (synthèses de presse, CNBC, 23 avril 2026).

[2]Frappes conjointes du 28 février 2026, opérations Epic Fury (États-Unis) et Roaring Lion (Israël) ; mort d’Ali Khamenei, annoncée par les médias d’État iraniens le 1er mars. B (AFP, Reuters, BBC, CBS, Al Jazeera).

[3]Riposte iranienne (opération True Promise IV) contre Israël, les bases américaines et les six États du CCG ; fermeture du détroit d’Ormuz. B.

[4]Qualification de la fermeture comme plus grande interruption de l’approvisionnement énergétique mondial depuis les chocs des années 1970. B (The Guardian, 11 mars 2026 ; Atlantic Council, 18 mars 2026).

[5]Sur la latence nucléaire et ses zones : synthèse et discussion dans Texas National Security Review, juin 2026, « What Good Is a Nuclear Threshold Capability? Lessons from Iran’s Nuclear Program and Recent Regional Conflict », discutant notamment Volpe sur la zone optimale de latence, Mehta et Whitlark sur l’accroissement du risque de pressions préventives, et Waltz sur la fragilité dissuasive des arsenaux virtuels. A (revue à comité de lecture).

[6]Acceptation par Beyrouth, le 7 août 2025, d’une proposition américaine consolidant le cessez-le-feu de 2024 et introduisant un calendrier de désarmement du Hezbollah. B (Arab Center Washington DC, 30 juin 2026).

[7]Annonce de l’armée libanaise du 8 janvier 2026 ; contestation israélienne de l’effectivité du contrôle ; reprise des combats dans la zone après le 2 mars. B pour l’annonce ; C pour l’appréciation critique (Foundation for Defense of Democracies, 13 juillet 2026 — centre de recherche à orientation affichée).

[8]Annonce officielle de la mort d’Ali Khamenei le 1er mars 2026 ; quarante jours de deuil national. B.

[9]Décès annoncés ou confirmés entre le 28 février et le 6 avril 2026 : Aziz Nasirzadeh (Défense), Abdolrahim Mousavi (état-major), Esmaeil Khatib (Renseignement), Alireza Tangsiri (marine des Gardiens), Gholamreza Soleimani (Bassidj), Ali Larijani (Conseil suprême de sécurité nationale, 17 mars), Majid Khademi (renseignement des Gardiens, 6 avril). B ; plusieurs de ces éliminations sont revendiquées par la partie israélienne et confirmées ensuite par les médias d’État iraniens.

[10]Session de l’Assemblée des experts ouverte le 3 mars, interrompue par une frappe visant son bâtiment à Qom ; désignation de Mojtaba Khamenei annoncée le 8 mars ; l’intéressé avait été blessé lors de la frappe du 28 février. B pour la désignation et la blessure ; C pour le détail de la frappe sur le bâtiment (Iran International, média en exil).

[11]Conseil de direction intérimaire du 1er au 8 mars 2026 (Alireza Arafi, Masoud Pezeshkian, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i). B.

[12]Objections internes au caractère héréditaire de la désignation et à l’insuffisance du statut jurisprudentiel du candidat ; abstention annoncée de plusieurs membres. C(Iran International, 5 mars 2026) — retenu ici comme attestation de l’existence d’une contestation au sein de l’appareil, non comme mesure de son ampleur.

[13]Absence prolongée du nouveau Guide de la scène publique après sa désignation. B.

[14]Grève des commerçants fin 2025, manifestations de grande ampleur en décembre et janvier, répression. B pour l’existence et l’ampleur du mouvement ; les bilans humains circulant sur cette séquence relèvent de C et ne sont pas repris ici.

[15]Volumes de transit : environ 20 à 21 millions de barils par jour, soit de l’ordre de 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers, et une part comparable du commerce mondial de GNL. A (U.S. Energy Information Administration ; Agence internationale de l’énergie). Modes de perturbation employés (attaques de surface, drones, missiles, mines, brouillage et leurrage des systèmes de navigation par satellite) : B.

[16]Avertissements VHF des Gardiens dans les heures suivant les frappes ; chute d’environ 70 % du trafic ; quasi-absence de signaux d’identification automatique les 1er et 2 mars. A/B (données de suivi AIS ; New York Times, 28 février 2026 ; Reuters).

[17]Revendication du contrôle complet du détroit le 4 mars ; interdiction formelle du 27 mars visant les navires à destination ou en provenance des ports des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés. B (AFP).

[18]Constat américain du début d’un minage, 10 mars 2026 ; destruction annoncée de mouilleurs de mines iraniens. B.

[19]Estimation de l’Organisation maritime internationale, 21 avril 2026 : environ 20 000 marins et 2 000 navires immobilisés dans le Golfe. A.

[20]Brent au-dessus de 100 dollars le 8 mars 2026, pic à 126 dollars ; brut de Dubaï à 166 dollars le 19 mars. A/B (cotations de marché rapportées par CNBC et Reuters).

[21]Décision unanime des trente-deux États membres de l’Agence internationale de l’énergie, 11 mars 2026 : libération de 400 millions de barils. A.

[22]Arrêt de production et force majeure de QatarEnergy (2 et 4 mars) ; force majeure de la Kuwait Petroleum Corporation (7 mars) et de Bapco ; force majeure irakienne sur les champs exploités par des compagnies étrangères (17 mars) ; réduction saoudienne de 20 % (13 mars). B.

[23]Exportations régionales passées d’environ 25 à environ 10 millions de barils par jour à la mi-mars 2026. B.

[24]Effets sur les engrais (urée en hausse d’environ 50 % dès la fin mars), l’aluminium, l’hélium et le soufre. A pour l’analyse sectorielle agroalimentaire (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Global Agrifood Implications of the 2026 Conflict in the Middle East) ; B pour les autres filières (Atlantic Council, 27 mars 2026 ; Axios, 7 avril 2026).

[25]Campagne aérienne américaine de réouverture engagée le 19 mars 2026 ; blocus naval des ports iraniens annoncé le 12 avril et appliqué à partir du 13 avril. A(communiqué du Commandement central des États-Unis, 12 avril 2026) ; qualification de « double blocus » : B (The Guardian, 24 avril 2026).

[26]Part chinoise dans les exportations pétrolières iraniennes ; déficit d’approvisionnement de 1 à 1,4 million de barils par jour ; suspension puis restriction des exportations chinoises de produits raffinés. B (Bruegel, 2026 ; Brookings, 15 juin 2026 ; ChinaPower/CSIS, 15 mai 2026).

[27]Données douanières chinoises (General Administration of Customs of China) : commerce bilatéral du premier trimestre 2026 à 1,55 milliard de dollars, en recul de 50 % sur un an ; mars 2026 à 184 millions, en recul d’environ 80 % ; exportations chinoises vers l’Iran en recul d’environ 90 % sur le trimestre. A (données douanières) rapportées par B (Al Jazeera, 29 avril 2026).

[28]Capacité combinée des routes de contournement (oléoducs Est-Ouest saoudien, Abu Dhabi–Fujaïrah, Kirkouk–Ceyhan) d’environ 9 millions de barils par jour, contre environ 20 millions pour le détroit. B (Al Jazeera, 27 mars 2026 ; International Institute for Strategic Studies, 16 mars 2026).

[29]Brent autour de 83 dollars le 3 août 2026, en recul d’environ 4,5 % sur la séance après l’annonce iranienne d’un accord proche avec Oman. B (Bloomberg, 3 août 2026 ; AFP).

[30]Fermeture rendue sélective le 5 mars ; liste de cinq nationalités autorisées annoncée par le ministre iranien des Affaires étrangères le 26 mars (Chine, Russie, Inde, Irak, Pakistan) ; autorisations obtenues ensuite par la Malaisie, la Thaïlande puis les Philippines ; acceptation le 27 mars d’une demande des Nations unies relative aux cargaisons humanitaires et aux engrais. B.

[31]Navires diffusant leur nationalité ou leur actionnariat par radio pour obtenir le passage. B (Reuters, mars 2026).

[32]Chenal iranien au nord de l’île de Larak, distinct du dispositif de séparation du trafic convenu avec Oman auprès de l’OMI depuis 1968 ; péages perçus, dont un versement de deux millions de dollars pour un navire ; évaluation des paiements en yuans. B (Lloyd’s List).

[33]Projet de loi préparé par une commission du Parlement iranien, 19 avril 2026 : interdiction du passage aux navires des pays « hostiles » et péage pour les autres. B.

[34]Création de l’Autorité du détroit du Golfe Persique le 5 mai 2026, agence gouvernementale sise à Téhéran, chargée de l’autorisation et de la régulation des transits après contact préalable ; publication des coordonnées de la zone de supervision revendiquée. B (The Wall Street Journal, 5-6 mai 2026 ; International Crisis Group, Iran–US/Israel Trigger List).

[35]Appréciation de Lloyd’s List Intelligence : dispositif destiné à formaliser l’autorité iranienne sur les transits. B.

[36]Désignation de l’Autorité par le département du Trésor des États-Unis, présentée comme une tentative des Gardiens de la révolution de monétiser leur campagne de coercition, avec avertissement sur le risque de sanctions encouru par ceux qui coopéreraient avec elle. A (Trésor américain) ; C pour la qualification, qui émane d’une partie au conflit.

[37]Proposition omanaise transmise à Téhéran le week-end des 25-26 juillet et rendue publique le 28 juillet 2026 : mécanisme régional conjoint de gestion du détroit, contributions volontaires destinées à financer la navigation, la protection de l’environnement et le sauvetage, sur le modèle du détroit de Malacca. B (Reuters, 28 juillet 2026).

[38]Déclarations iraniennes du 3 août 2026 : phase finale des discussions avec Mascate ; caractère temporaire de la route envisagée ; absence de réouverture générale du détroit ; exigence de respect de la souveraineté iranienne. B (Bloomberg, AFP, Xinhua).

[39]Proposition présidentielle américaine du 13 juillet 2026 d’une rétribution de 20 % de la cargaison en contrepartie d’une protection dans le détroit ; retrait de la proposition le 14 juillet. B (CNN, 13 et 14 juillet 2026).

[40]Moyenne d’environ 25 navires par jour entre fin juin et début juillet 2026, contre environ 100 à la même période de 2025. A (IMF PortWatch) rapporté par B (Statista).

[41]Pic post-mémorandum de 49 transits le 7 juillet 2026. B (ABC News).

[42]Semaine du 13 au 19 juillet 2026 : 25 transits de navires sans lien iranien contre 108 la semaine précédente ; entrées dans le Golfe ramenées à 8 contre 43 la semaine précédente et 76 début juillet ; trafic total en recul d’environ 90 % sur un an. A/B (Lloyd’s List Intelligence, Strait of Hormuz Brief, 21 juillet 2026).

[43]Semaine du 20 au 26 juillet 2026 : 39 transits contre 82 la semaine précédente ; 22 transits sans lien iranien contre 30 ; 15 transits liés à l’Iran contre 49 ; journées à un chiffre à partir du 19 juillet et deux transits seulement le 23 juillet ; niveau le plus bas depuis mars. A/B (Lloyd’s List Intelligence, 29 juillet 2026 ; U.S. Naval Institute News, 31 juillet 2026).

[44]Relevé de vingt-quatre heures du 3 août 2026 : douze transits identifiés, dont six effectués transpondeur éteint ; navires liés à des intérêts chinois émettant normalement, y compris aux dates de frappes ; six pétroliers saoudiens sur lest réacheminés par le cap de Bonne-Espérance. Analyse : régime d’autorisation au cas par cas protégeant le trafic lié à la Chine et laissant exposé le trafic lié à l’Arabie saoudite. B (Windward, Daily Intelligence, 3 août 2026).

[45]Cessez-le-feu de deux semaines annoncé le 7 avril (heure de Washington) et entré en vigueur le 8 avril 2026, sous médiation pakistanaise, sur la base d’un plan iranien en dix points. B.

[46]Pourparlers directs d’Islamabad des 11 et 12 avril 2026, d’une durée de vingt et une heures, plus haute rencontre bilatérale depuis 1979 ; échec annoncé le 12 avril ; blocus naval décidé dans la foulée. B.

[47]Médiation qatarie à Téhéran le 11 juin ; annonce pakistanaise d’un texte final le 12 juin ; signature numérique par les représentants le 14 juin ; signature à distance par les deux présidents le 17 juin (Versailles et Téhéran) ; approbation assortie de réserves publiée par le Guide suprême. B.

[48]Contenu des quatorze points du mémorandum d’Islamabad. A (texte publié le 17 juin 2026 par l’agence de presse officielle iranienne IRNA et par le gouvernement américain, repris intégralement par CNN, Foreign Policy, NPR et l’Arab Center Washington DC).

[49]Levée du blocus naval annoncée par le Commandement central des États-Unis le 18 juin 2026 ; licence générale de soixante jours pour les ventes de pétrole iranien accordée le 22 juin. A/B.

[50]Lectures américaines de l’accord comme recul stratégique ; estimation d’au moins cinq milliards de dollars d’exportations pétrolières iraniennes durant la fenêtre ouverte par le mémorandum. C (commentaire engagé, Council on Foreign Relations, 13 et 30 juillet 2026) — retenu comme argument adverse, non comme mesure.

[51]Déclaration iranienne de nouvelle fermeture du détroit le 20 juin 2026, motivée par les frappes israéliennes au Liban ; démenti du commandement américain. B.

[52]Frappe de drone sur un navire le 26 juin ; frappes américaines sur radars côtiers, dépôts de drones et capacités de mouillage de mines les 26 et 27 juin ; tirs iraniens sur des installations américaines au Koweït et à Bahreïn le 28 juin. B.

[53]Trois navires attaqués les 6 et 7 juillet 2026 ; reprise des frappes américaines ; déclaration présidentielle du 8 juillet en marge du sommet de l’OTAN à Ankara qualifiant le mémorandum de caduc. B.

[54]Rétablissement du blocus naval annoncé le 13 juillet et entré en vigueur le 14 juillet 2026. A (Commandement central des États-Unis) ; B.

[55]Déclaration d’un négociateur iranien du 18 juillet 2026 qualifiant le mémorandum de suspendu ; bilan du ministère iranien de la Santé faisant état de cinquante morts et de plus de cinq cents blessés depuis le 6 juillet ; mise hors service d’une usine de dessalement. C pour les chiffres et l’imputation (partie au conflit) ; B pour la déclaration et pour les dommages constatés.

[56]Douzième nuit consécutive de frappes américaines au 23 juillet 2026. B (CNBC).

[57]Entrée en guerre des Houthis le 28 mars 2026 par un tir balistique sur Israël. B.

[58]Déclaration houthiste de blocus naval de l’Arabie saoudite le 20 juillet 2026, justifiée par un principe de réciprocité à l’égard d’un siège saoudien du Yémen décrit comme durant depuis près de douze ans. B (Al Jazeera, 20 juillet 2026).

[59]Attaques revendiquées contre les pétroliers Encelia et Layla le 22 juillet ; frappes saoudiennes sur Hodeïda et l’île de Kamaran le 24 juillet ; installation pétrolière de Jazan touchée le 26 juillet ; attaque au missile balistique contre le pétrolier NCC Ghazal le 28 juillet, quatrième depuis la déclaration de blocus. B.

[60]Réorientation saoudienne vers les ports de la mer Rouge ; projet d’expansion à environ 9 millions de barils par jour sur trois ans ; exposition d’environ trois quarts de ce flux au détroit de Bab el-Mandeb. B (CNN, 29 juillet 2026).

[61]Déclaration présidentielle américaine du 23 juillet 2026 tenant l’Iran pour responsable des attaques houthistes futures. B.

[62]Autorisation israélienne d’une opération terrestre au Liban le 3 mars 2026 ; incursion engagée le 17 mars. B.

[63]Cessez-le-feu au Liban du 16 avril 2026 ; ouverture de négociations directes libano-israéliennes à Washington le 14 avril, premières depuis 1983. B (Soufan Center, 1er juillet 2026 ; Arab Center Washington DC, 30 juin 2026).

[64]Accord-cadre trilatéral annoncé à Washington le 26 juin 2026 : processus séquencé, rétablissement de l’autorité souveraine de l’État libanais, retrait israélien conditionné à la vérification du désarmement des groupes armés non étatiques, reconnaissance de la souveraineté et de l’intégrité territoriale libanaises, déclaration israélienne d’absence d’ambitions territoriales, engagement américain de soutien à la reconstruction. B (Al Jazeera, 27 juin 2026) ; analyses de contenu : C (Institute for National Security Studies, 2 juillet 2026 ; Foundation for Defense of Democracies, 13 juillet 2026 — centres de recherche à orientation affichée, utilisés ici pour la description des clauses, recoupée).

[65]Rejet de l’accord par le secrétaire général du Hezbollah, qui le déclare nul et non avenu et oppose le mémorandum irano-américain comme référence ; déclaration du président du Parlement libanais selon laquelle l’accord ne sera pas appliqué. B.

[66]Réception du président libanais à la Maison-Blanche le 21 juillet 2026 ; déploiement de l’armée libanaise dans des zones pilotes du Sud-Liban à la suite de retraits israéliens, constaté le 26 juillet. B (The Jerusalem Post / The Media Line, 29 juillet 2026).

[67]Réserves sur la faisabilité : faiblesse de l’armée libanaise, opposition du Hezbollah, risque de prolongation de la présence israélienne. C (Institute for National Security Studies ; Foundation for Defense of Democracies) — deux sources engagées de sensibilités opposées, retenues pour la convergence de leur diagnostic de faisabilité.

[68]Position israélienne : n’étant pas partie au mémorandum irano-américain, Israël s’est déclaré non lié par sa clause relative au Liban et a maintenu sa liberté d’action. B.

[69]Retrait des inspecteurs de l’AIEA décidé fin juin 2025 pour raisons de sécurité ; suspension formelle par l’Iran de sa coopération en juillet 2025. A (rapports de l’AIEA, analysés par l’Institute for Science and International Security, 9 juin 2026).

[70]Rapport GOV/2026/8 du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, 27 février 2026 : stock total d’uranium enrichi arrêté au 13 juin 2025 à 9 874,9 kg, dont 9 040,5 kg sous forme d’UF6, comprenant 2 391,1 kg enrichis jusqu’à 2 %, 6 024,4 kg jusqu’à 5 %, 184,1 kg jusqu’à 20 % et 440,9 kg jusqu’à 60 % ; l’Iran est le seul État non doté partie au TNP à avoir produit et accumulé de la matière enrichie à 60 %. A.

[71]Estimation de l’AIEA selon laquelle environ 42 kg d’uranium enrichi à 60 % suffisent théoriquement, après enrichissement complémentaire à 90 %, à la matière fissile d’une arme. A.

[72]Rapport de garanties de juin 2026 : absence de vérification des stocks déclarés depuis près d’un an, qualifiée de sujet de préoccupation en matière de prolifération et de conformité ; matière enrichie à 20 % et 60 % indiquée comme entreposée dans le complexe souterrain d’Ispahan ; absence d’élément attestant un programme d’armement. A (AIEA, analysé par l’Institute for Science and International Security).

[73]Déclaration du directeur général de l’AIEA, juillet 2026 : la matière est vraisemblablement toujours en place, sans possibilité de vérification. B.

[74]Différend sur la séquence des inspections, exprimé publiquement le 24 juin 2026. B (NPR).

[75]Attaques survenues pendant deux cycles de négociation distincts, en juin 2025 et fin février 2026. B (Chatham House, 30 mars 2026).

[76]Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international : contraction de 6,1 % du PIB iranien et inflation de 68,9 % pour 2026. A.

[77]Taux de change du rial : environ 811 000 pour un dollar un an auparavant, au-delà de 1,81 million fin avril 2026 sur le marché libre. B (Al Jazeera, 29 avril 2026).

[78]Exportations de brut d’environ 2,1 millions de barils par jour en février 2026, nulles en mai ; recettes d’exportation de mai inférieures à 200 millions de dollars ; plus de 90 % du commerce extérieur iranien transitant par le détroit. B ; les estimations de perte quotidienne (de l’ordre de 435 millions de dollars) émanent d’un centre de recherche engagé et relèvent de C.

[79]Avertissements attribués à des responsables économiques iraniens sur une durée de reconstruction supérieure à une décennie et recommandation du gouverneur de la banque centrale en faveur du rétablissement de l’accès à Internet et d’un accord. C (médias iraniens citant des sources internes).

[80]Hausse de l’urée d’environ 50 % dès la fin mars ; projections de la Banque asiatique de développement : recul de 0,7 point de la croissance asiatique en 2026 et inflation portée à 5,2 % dans l’hypothèse d’un baril moyen autour de 96 dollars. A (BAsD) rapporté par B (Brookings, 15 juin 2026).

[81]Veto de la Russie et de la Chine, le 7 avril 2026, sur un projet de résolution bahreïnien relatif à la sécurité du détroit. A/B.

[82]Critique publique chinoise des attaques iraniennes contre les États de la région, 21 mars 2026 ; déclaration de Xi Jinping au prince héritier saoudien, 21 avril 2026, sur la nécessité de maintenir le détroit ouvert à la navigation normale. B.

[83]Refus chinois et refus des alliés européens de participer à une opération de réouverture, 16 mars 2026. B.

[84]Évaluation régionale postérieure : la modération et la normalisation du Golfe ont été interprétées par Téhéran comme une incapacité et non comme un choix. B(Middle East Council on Global Affairs, juillet 2026).

[85]Appréciation du conseiller diplomatique de la présidence émirienne sur les répercussions géopolitiques profondes des frappes iraniennes et sur l’installation de Téhéran comme menace centrale de la pensée stratégique du Golfe. B (Reuters, 27 mars 2026).

[86]Absence de consultation préalable des partenaires du Golfe avant le déclenchement de la guerre, et frustration qui en résulte. B (Atlantic Council, 28 juillet 2026).

[87]Programme de réponse : système de défense aérienne intégré du CCG, mutualisation des acquisitions, production locale d’intercepteurs, accords de coopération avec la Corée du Sud et l’Ukraine, intérêt saoudien pour le programme d’avion de combat turc. B (Carnegie Endowment, 22 avril 2026 ; Arab Gulf States Institute, 28 avril 2026 ; Gulf International Forum, 3 juin 2026).

[88]Formulation régionale récurrente selon laquelle la sécurité du Golfe ne peut être sous-traitée à un garant unique. B (Middle East Council on Global Affairs).

[89]Exigences formulées par les États du Golfe auprès de Washington : restrictions vérifiables sur les missiles, les drones et la guerre par procuration ; garantie que le détroit ne servira plus d’arme ; intégration des États du Golfe à l’architecture du règlement. B (Reuters, 27 mars 2026).

[90]Corridor de transit méridional longeant la côte omanaise, soutenu par les États-Unis et emprunté par des pétroliers en juillet 2026. B (Lloyd’s List Intelligence, 21 juillet 2026).

[91]Constat analytique selon lequel l’instrument le plus efficace de l’Iran durant la guerre n’a été ni son programme balistique ni son programme nucléaire, mais sa capacité de fermeture du détroit. B.

[92]Voir note 5. A.

[93]Effet de précédent sur la valeur perçue de l’engagement diplomatique. B (Chatham House, 30 mars 2026).

[94]Réévaluation des options de latence chez des alliés non parties au conflit (Corée du Sud, Japon), et déplacement de l’opinion publique dans plusieurs États non dotés. B (Korea Economic Institute of America, 13 mars 2026, citant un rapport conjoint CSIS–Asan de février 2026 ; Chatham House).

[95]Régime juridique du passage en transit dans un détroit servant à la navigation internationale ; interdiction de percevoir des droits en dehors de services effectivement rendus ; caractère sans précédent moderne d’une exigence unilatérale de péage dans un détroit. B (analyses juridiques rapportées par Reuters, 28 juillet 2026 ; commentaires de juristes publiés par Just Security sur la question du minage au regard de la convention VIII de La Haye). Ni l’Iran ni les États-Unis ne sont parties à la convention des Nations unies sur le droit de la mer, largement regardée toutefois comme l’expression du droit coutumier applicable.

[96]Voir note 50. C.

[97]Appréciation selon laquelle la stratégie iranienne a eu pour effet de rapprocher la sécurité du Golfe des États-Unis. B (déclarations du conseiller diplomatique de la présidence émirienne).

[98]Existence, dans le débat interne iranien postérieur à la guerre, de positions publiques favorables à un retrait du TNP et à l’armement. B (Reuters, rapporté par Chatham House, 30 mars 2026) — retenu comme attestation d’un discours, non comme indication d’une décision.